mercredi 26 novembre 2014

Le Suicide Français d'Eric Zemmour : une critique

Eric Zemmour aime la France, c'est sa raison d'écrire. Il aime la France, son passé prestigieux, ses écrivains, sa place dans l'histoire qui la mettaient en position de dominer le monde, de parler en maître à l'Allemagne, à l'Angleterre et à la Russie, de se tenir à distance des Américains cauteleux.

Le Suicide Français, sous-titré Les 40 années qui ont défait la France, tient une chronique rétrospective des événements qui selon l’auteur ont fait de la France un pays déconstruit, un bateau ivre, une nation de second rang au bord de la guerre civile. Chaque chapitre est conçu selon le même modèle. Le point de départ est une date, de 1970 à 2007, et l'exposé d'un fait de société de cette année : une décision politique, une chanson, un film, ou encore une partie de football. Il rappelle le contexte de cet événement et en développe les conséquences. Elles sont toujours négatives : le fait que l'on pensait anodin portait en lui un ingrédient qui, on le voit maintenant, a fait reculer la nation française, participait d'une sourde entreprise à notre déclin. Les décideurs angéliques préparaient le suicide français.


Des polémiques


Le chapitre sur le droit des femmes (17 janvier 1975 - La femme est l’avenir de l’homme) a choqué. L'auteur ne prend pas une position pro-vie, ne dit pas que l'embryon est un être humain, ou qu'il souffre. Son discours est autre : « Quand Debré entend le mot avortement, il ne sort pourtant ni son revolver ni son crucifix, mais sa calculette. Il compte et il pleure. Il compte les enfants qui manqueront, selon lui, à la France et il se lamente sur la puissance perdue, enfuie à tout jamais. » J'ignore si le calcul est défendable, et si la baisse de la natalité est due, et en quelle proportions, à la loi sur l'avortement. Zemmour souligne le militantisme du MLF et l’abdication des hommes. Mais jamais il n'étudie l'hypothèse d'un maintien de l'interdiction d'avorter. Si notre démographie se serait mieux portée – ce que je ne sais pas dire – est-ce qu'il fallait continuer avec ce réseau d'avorteurs clandestins, plus ou moins véreux, que l'on payait au noir, avec les risques sanitaires que l'opération comportait ? Fallait-il que les femmes continuassent à se rendre à l'étranger pour se faire avorter dans des conditions acceptables ? Ces questions ne sont pas débattues : or elles sont au cœur du débat.

D'autres passages ont fait polémique. Les Juifs français protégés par Pétain ? « Les mêmes (historiens de l'après-guerre) expliquaient le bilan ambivalent de Vichy par la stratégie adoptée par les Pétain et Laval face aux demandes allemandes : sacrifier les Juifs étrangers pour sauver les Juifs français. », écrit Zemmour. La thèse surprend. J'aurais aimé que ses contradicteurs, à la télévision, lui opposent des éléments historiques. Je n'ai vu qu'échanges de noms d'oiseaux et anathèmes. N'étant pas historien, pour ma part, je note cette thèse surprenante, dans l'attente d'être plus instruit. Le point qui fait débat est celui des intentions : Vichy a-t-il réellement voulu préserver les Juifs français de la barbarie nazie ? Ou bien le nombre de sauvés ne s'explique-t-il que par le retard d'application du sinistre plan ? Zemmour choisit la première hypothèse, ce en quoi il ne semble pas suivi par la plupart des historiens contemporains. Mais la question devrait mériter une réponse pédagogie, argumentée, plutôt que de regrettables coups de sang qui ne servent pas la cause de la vérité historique.

L'insupportable libéralisme


Mais Zemmour n'aime pas toute la France. Une chose lui déplaît souverainement dans la Révolution Française : c'est la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Le mot de déclaration est essentiel. Les auteurs du texte se posaient en observateurs d'une réalité qui les dépasse. Ils déclarèrent donc – et non décidèrent – que l'homme est naturellement libre, et que ce droit est imprescriptible. Cette liberté fondamentale ne provient donc pas du bon vouloir d'un gouvernement : elle précède toute posture politique. Elle n'est pas une loi que l'on peut faire et défaire : c'est une vérité avec laquelle il faut composer.

Ce discours est libéral au sens premier. On l'a peut-être oublié : les premiers révolutionnaires étaient des libéraux. La gauche des origines était libérale. Mais voilà : ce libéralisme est insupportable pour Zemmour, qui place l'Etat au-dessus de tout. L'Etat, c'est Napoléon, c'est de Gaulle, de grands hommes qui avaient compris le jeu intime des nations - l'ennemi anglais, la puissance allemande – et s'efforçaient de donner à la France sa juste mesure.

En aimant l'Etat français, quand il est fort, Zemmour ne tolère aucun pouvoir qui puisse lui être supérieur. On comprend mieux pourquoi la phrase de Marx, qui explique que tout droit est le droit de la classe dominante, plaît tant à Zemmour. Elle introduit le relativisme, dans la lignée de Johann Gottfried von Herder, là où 1789 proclamait un absolu. Ce relativisme fait de Zemmour un héritier du romantisme, à l'instar de Marx qu'il cite à tout champ, un romantique nationaliste français. Voici cet étrange penseur : un Français qui rejette l'enseignement de nos Lumières, à portée universelle, pour lui préférer le culte du local. Cette posture le met en position de refuser tout libéralisme, ou plutôt ce qu'il imagine être du libéralisme. Car dans le domaine Zemmour confond loi du marché, libre-échangisme, capitalisme et libéralisme, termes qu'il emploie indifféremment dans ses différentes chroniques au moment où la cause du malheur doit être expliquée.

Ainsi l'on lit que la Chine serait "économiquement libérale". L'expression révèle une incompréhension manifeste : le libéralisme n'est pas une doctrine économique. Un pays non libéral dont l'économie serait libérale est une contradiction dans les termes. Dans une Chine libérale, un entrepreneur pourrait faire traduire et diffuser les écrits de Zemmour ; or celui qui aurait une telle audace aujourd'hui risquerait fort de se retrouver emprisonné dans le goulag local, le sinistre loagai. Un pays avec des camps de rééducation n'est pas un pays libéral. La Chine n'est pas libérale. Son économie est capitaliste et, contrairement à ce qu'écrit Zemmour, il y a beaucoup d'exemples de dictatures capitalistes. Zemmour cite le Chili de Pinochet. Il aurait pu ajouter la Yougoslavie de Tito, le Mexique pour une bonne partie du siècle dernier, les « dragons asiatiques » parmi d'autres. Pays tous capitalistes sans être libéraux pour autant.

C'est pourquoi Eric Zemmour se trompe quand il raille une pensée naïve qu'il prête aux libéraux, selon lesquels, à l'en croire, le « libéralisme économique s’accompagnerait inéluctablement de sa version politique des droits de l’homme, démocratique et libérale » : ce qui compte avant tout c'est la liberté, qui s'impose naturellement au domaine économique comme aux autres. C'est aussi pourquoi l'expression qu'il emploie de « libéralisme modéré » est un non-sens.

Ailleurs, Zemmour écrit : « Ils s’opposaient à la "mondialisation néolibérale" sans comprendre que l’expression était un pléonasme. ». C'est faux : la mondialisation aurait pu être nazie ou soviétique ; elle représente encore le but des islamistes. Nos anciens anti-mondialistes se sont rebaptisés alter-mondialistes : il veulent une autre mondialisation. Autrement dit ce n'est pas la mondialisation qui les révulse, mais la mondialisation telle qu'elle s'annonce aujourd'hui.

Le libéralisme serait donc, selon l'acception majoritaire reprise ici par Zemmour, une entreprise d'esclavagisme vouée au seul profit. On se demande bien pourquoi Victor Schoelcher, le député qui fit voter l'abolition de l'esclavage, n'était ni socialiste ni marxiste d'aucune obédience, mais libéral. Pourquoi la loi qui limitait le travail des enfants fut présentée par des députés libéraux. Et pourquoi ces profiteurs égoïstes obnubilés par l'argent auraient combattu tant d'années pour enfin arracher à Napoléon III le droit de grève.

De Marx à Marchais


Voilà, sous la plume de Zemmour, Marx en phare de la pensée universelle, plus actuel que jamais. Or encenser Marx, c'est chanter les louanges d'un architecte au génie hors pair, dont tous les immeubles se seraient effondrés en massacrant la moitié de ses occupants et en laissant les autres infirmes.

Que vaut donc une pensée dont la moindre mise en œuvre ne s'est jamais traduite qu'en terme de pénurie, d'arbitraire, de séquestration et de massacres de masse ? Marx, avec son état tout puissant – et donc responsable de tout – plaît à Zemmour qui ne supporte pas le libéralisme. Dans chaque chapitre de son livre, les causes de l'échec sont identifiées : elles se nomment le marché, les Américains, l'approche libérale. A en croire Zemmour, nous vivons dans une soupe libérale depuis quatre décennies, et de là vient le désastre français. Taper sur les « libéraux » est un réflexe constant de la classe politique française, et on regrette de voir Zemmour tomber dans le même sempiternel panneau. La loi de la jungle ? Le libéralisme. Les travailleurs-esclaves ? Le libéralisme. L'affaiblissement de l'école ? Le libéralisme.

Tous les maux de la terre ? Le libéralisme, le libéralisme vous-dis-je ! Pourrait s'exprimer Toinette-Zemmour.

Sa détestation du libéralisme, responsable de tous les malheurs, le pousse naturellement à réhabiliter la mémoire de Georges Marchais. Le métallo au langage fruste, digne représentant de la classe ouvrière, a laissé un souvenir amusé dans l'imaginaire des enfants de la télé. Gardons-nous des faux souvenirs : l'homme n'était pas qu'un pitre. Le premier secrétaire du PCF, parti grassement payé en sous-main par le grand frère soviétique grâce aux bons offices de la Banque du Nord, était un féroce idéologue, rompu à toutes les techniques dilatoires destinées à déstabiliser ses contradicteurs pour éviter de répondre aux questions sensibles.

Ses attaques personnelles, sa mauvaise foi terrorisaient les journalistes. Marchais donc, « dernier gaulliste » pour Zemmour, s'était engagé volontaire pour travailler au profit des Nazis pendant la guerre. Singulier gaulliste, en vérité, que cet opportuniste planqué chez l'ennemi, logeant à l'auberge du Bélier Bleu à Augsbourg, ainsi que l'avait révélé l'Express, petit collabo n'ayant même pas l'excuse du STO – un simple examen des dates prouve qu'il travaillait chez Messerchmidt avant l'instauration du travail obligatoire, en 1942. Marchais œuvrant pour le national-socialisme mettait ses pas dans ceux de Thorez, réfugié à Moscou avec un laisser-passer allemand.

Marchais rejetant les « deux blocs » ? Zemmour invente. Le 1er secrétaire du PCF déjeunait avec les Ceaușescu au bord de la Mer Noire et estimait que le Soviet Suprême était plus libre que notre Assemblée Nationale. Là où Zemmour croit deviner une prescience extraordinaire d'une nouvelle époque soumise à la toute-puissance capitaliste, il n'y avait en réalité que débandade face à la crise des électeurs. L’ouvrier remplacé par l'émigré, voilà qui allait précipiter la chute de l'électorat traditionnel – un électorat qui devait préparer bien évidemment le Grand Soir avec la main bienveillante des sbires de Brejnev. Zemmour voit de la lucidité où il n'y avait vraisemblablement qu'une pitoyable tentative de colmater la fuite des votes.

Zemmour rapproche l'intervention soviétique en Afghanistan et la guerre que menèrent au début du XXIe siècle les Américains : ne s'agissait-il pas de combattre le péril islamique ? C'est évidemment une illusion. L'invasion de 1978 était le fait d'arme d'un pays totalitaire, avide de dominer le monde, qui entendait ainsi affirmer sa puissance en Asie, ajouter un nouveau pays à son empire. A cette époque les Talibans n'existaient pas. Et tous les Afghans qui défendirent leur pays n'étaient pas des islamistes. Avons-nous oublié Massoud ? L'Amérique est entrée en guerre, avec l'aval de l'ONU, contre un pays complètement différent, mené par des fous de Dieu qui avaient offert l'asile aux responsables des attentats du 11 Septembre. Et non pour y installer un dictateur à leur botte à la façon soviétique : l’Amérique se moquait comme d’une guigne de ce pays lointain et arriéré et n’y est allé qu’en réponse à une agression, au contraire des Soviétiques, impérialistes par essence.

Quant à la lettre de Marchais pour défendre l'enseignement de l'histoire à l'école, ne nous y trompons pas. On sait de quelle histoire il s'agit : celle où il n'a pas été volontaire pour travailler en Allemagne mais victime du STO ; celle où les révolutionnaires de 1956 à Budapest étaient des agents impérialistes ; le monde enchanté où la RDA est un modèle de réussite économique, où l'URSS regorge de récoltes faramineuses, digne sauveuse d'une Russie tsariste encore au Moyen-Âge. Contrôler l'enseignement de l'histoire, ce vieux rêve de tous les idéologues.

Erreurs et approximations


La logique des deux blocs, qui permettait à de Gaulle de se placer en sage arbitre entre deux adversaires, est un mythe. Il n'y avait, il n'y a jamais eu deux blocs. D'un côté, un empire totalitaire, sans élections libres, sans liberté de la presse, sans liberté de circuler ; de l'autre, des pays plus ou moins libres, plus ou moins démocratiques, plus ou moins d'accord entre eux. De Gaulle voyait le monde comme au XIXe siècle, sans comprendre qu'après la guerre les idéologies primaient les nations. Zemmour peut construire un discours rétrospectif sur ces 40 années, mais cela ne le dispense pas de respecter les faits : or sur ce point nous restons sur notre faim. Le livre comprend beaucoup d'approximations ou de choses fausses : Marchais n'était pas victime du STO, Harlem Désir (et non Malek Boutih) était président de SOS Racisme au moment de l'affaire des voiles à Creil, c'est Hara Kiri et non Charlie Hebdo qui fit sa fameuse une après la mort de de Gaulle, le monde n'a pas été partagé à Yalta contrairement au délire gaulliste.

Il insulte la mémoire de Guynemer quand il assène que la « Première Guerre mondiale (était le) premier conflit de l’Histoire qui ne fabriquait pas de héros autres qu’anonymes ». Il croit qu'Internet est « le corollaire » du PC quand ces deux projets n'ont à l'origine rien à voir, et qu'internet est même plus ancien. Il croit que Gorbatchev a été pris d'un réflexe « hamletien » en refusant de massacrer les foules de 89 alors que George Bush avait prévenu sans ambiguïté qu'une action violente ne laisserait pas l'Amérique inactive. Il parle du cow-boy Camel (et non Marlboro). Il croit, comme tant d'autres hélas ! que Fukuyama annonçait la « Fin de l'histoire », quand l'essayiste américain examinait le monde contemporain selon la grille de lecture hegelienne revue par Kojève. Il oublie les Coupes des confédérations de 2001 et 2003 quand il affirme qu'après l'Euro 2000 « le football français n’a plus remporté une seule compétition internationale. » Il se méprend en écrivant mal "Ceaucescu". Il méconnaît l'histoire musicale quand il profère que « les Beatles sont assez vite rentrés dans le rang de l’embourgeoisement et de la variété musicale » : que l'on compare l’inoffensif Love me do (1963) et A Day in a life (1967), avec ses allusions à Krzysztof Penderecki.

Zemmour affirme que la gauche « refusait par principe de se sentir étrangère à un soulèvement d’où qu’il vienne. Elle était avec les communistes russes en 1917 ; avec les Chinois en 1949 ; avec les Cubains en 1959 ; avec le FLN en 1962. » C'est trop vite dit : la gauche était-elle du côté des insurgés de Budapest en 1956 ? Des révoltés tibétains contre l'occupation chinoise ? des Vénézuéliens contre Chávez ?

Il tord la pensée de Levi-Strauss : « Comme l’avait deviné dès 1962 Claude Lévi-Strauss : "Le but dernier des sciences humaines n’est pas de constituer l’homme, mais de le dissoudre." L’heure venue, le Marché s’emparera sans mal de ces hommes déracinés et déculturés pour en faire de simples consommateurs. »

On ne voit pas le lien entre les deux phrases. Lévi-Strauss parlait des sciences humaines, incapables selon lui de définir un homme mais bien au contraire d'en faire valoir les infinies richesses. Zemmour s'empare de cette opinion pour disserter sur le maudit marché qui veut faire de nous des « hommes déracinés et déculturés », de « simples consommateurs ». Chacune de ces deux phrases peut être discutée, mais il n'y a pas d'enchaînement logique entre elles.

Quand il annonce que « Depuis les deux guerres mondiales, la guerre était devenue un tabou en France et dans tout le continent européen. On était persuadé en Europe (et seulement là) que l’avenir appartenait au droit, aux normes et au marché. Le canon était désuet, condamné à rouiller dans les poubelles de l’Histoire », il oublie la majeure partie du continent européen, dans laquelle l'état de guerre ou la guerre elle-même étaient des réalités : à Budapest, à Prague, en Pologne ou en Yougoslavie, la force militaire s'est déployée sans vergogne, faisant couler le sang de nations européennes. Il oublie que la seconde guerre mondiale ne s'est terminée, pour ces peuples, qu'en 1989, ou même une dizaine d'années plus tard pour les ex-Yougoslaves. Et il oublie de mentionner ce fait inouï dans toute l'histoire : jamais des états membres de l'Europe politique, la CECA, la CEE et l'UE, ne sont entrés en guerre les uns contre les autres. Nous qui vivons dans un continent dont l'histoire est parsemée d’invasions guerrières, dans lequel trois décennies de paix étaient il n'y a pas si longtemps un événement exceptionnel, nous devrions pourtant savoir ce que l'Union Européenne nous a apporté. Le marché, voyez-vous, est un ennemi si redoutable qu’il nous prive de notre droit fondamental de guerroyer une nouvelle fois, et de montrer aux Allemands qui est le maître en Europe continentale. Est-ce au détriment de la souveraineté ? Sans doute. Faut-il le regretter comme le fait Zemmour ? A chacun d'en décider. Mais pour cela il faut poser les faits : c'est ce qui manque ici.

Le Suicide Français est parcouru par une intention finaliste. Les événements n'arrivent pas par hasard, et quand le fil est ténu, Eric Zemmour fait parler les morts. Le Luron et Coluche avaient « une grande prescience », et ce dernier agissait «  comme s’il sentait qu’il n’avait plus que quelques mois à vivre. » « Les communicants mitterrandiens avaient deviné les temps à venir ». L'intervention divine n'est jamais absente : « La punition céleste poursuit toujours les méchants là où ils ont péché. »

Sur la disparition à quelques mois d'intervalle de Coluche, Le Luron et Véronique Mourousi, il note :

« Dans l’Antiquité, ces morts accumulées auraient été vues comme des présages sinistres, entourant cette parodie d’une aura funeste. Mais nous nous croyons à l’abri de toutes les malédictions des Dieux »

Ce passage n'est pas clair. Que faut-il comprendre ? Qu'une société superstitieuse aurait pensé que ces morts n'arrivent pas par hasard ? C'est, d’un point de vue factuel, exact. Mais une société lucide ne pense pas ainsi. Faut-il regretter les temps où l'on croyait à des interventions surnaturelles ? A un monde gouverné par des forces inintelligibles ? « nous nous croyons à l’abri de toutes les malédictions des Dieux », écrit Zemmour. Reversement sémantique : devient croyant celui qui précisément récuse les croyances. On peine à lire cette vieille scie, qui voudrait que l’athée soit un croyant comme les autres. Encore un indice de l’approche relativiste choisie par Zemmour.

Le procès de de Gaulle


Eric Zemmour a raison de dénoncer le capitalisme de connivence (ce qu’il croit être le libéralisme) sans se rendre compte que la connivence est l’enfant naturel d’une société où tous les pouvoirs sont concentrés, fruit d’une Constitution toute-puissante.

Le libéralisme en politique est bien oublié en France, et absent du débat depuis plusieurs décennies. Zemmour, comme tant d'autres, guerroie contre un fantôme.

Cette mise en accusation d'un pur fantasme cache un procès qui hérisse Zemmour. Celui du gaullisme politique, de cette période dont nous avons hérité une Constitution, adoptée en temps de guerre par un chef de guerre, qui rend l'Etat obèse, pataud et dilettante. Un état tout puissant et incapable de la moindre souplesse, gorgé d'impôts et de subventions, qui a oublié le fondement même de la République, qui est d'assurer la liberté à chacun tant qu'il ne nuit pas aux autres ; de garantir le droit de propriété, ce droit qui hérisse les marxistes de toute tendance. Un Etat qui octroie à son chef le pouvoir de dissoudre l'Assemblée, alors que la motion de censure des députés ne touche que le Premier ministre. Un tel pouvoir entraîne sa propre voracité. Si déclin de la France il y a, depuis l'époque de de Gaulle, ce n'est certainement pas à cause d'une approche libérale, qui n'a jamais existé que dans les pires cauchemars de certains.

Bien au contraire, dans la droite lignée des pouvoirs exorbitants de la Constitution, le pays succombe à l'hypertrophie galopante, année après année, des charges que l'Etat accumule, des affaires qu'il estime de son devoir de réguler sans rien y comprendre et surtout sans qu'il lui soit demandé son avis : qui contrôlait le Crédit Lyonnais quand l'établissement a fait faillite ? L'Etat. La leçon est valable pour l'étranger. La crise des subprimes vient d'une injonction du gouvernement américain à ses administrations de financer les ménages pauvres : le monde devait se fracasser contre le mur de la réalité et l'insolvabilité des malheureux ménages financés à fonds perdus. Évidemment on n'accusa pas l'Etat mais ces rapaces de capitalistes, quand l'origine du désastre fut un geste social que n'aurait pas renié Mélenchon.

Zemmour reste pertinent au sujet de l’islam. Il a raison de dénoncer l’aveuglement de la gauche française après l’attentat de la Rue Copernic, automatiquement attribué à l’extrême-droite alors que les coupables venaient du Proche-Orient. Il pointe avec justesse la détestation de soi qui a saisi les Français, en prenant pour exemple la chanson Lily de Pierre Perret ou le film Dupont Lajoie d'Yves Boisset. Nous serions tous racistes, incapables d’empathie, de véritables incarnations du beauf de Cabu. Ce qui était une alerte salutaire dans les années 70 : attention à ne pas devenir comme eux ! - est devenu un modèle imposé à la nation. Vous voulez interdire les prières dans les rues ? Mais vous êtes un Dupont Lajoie, monsieur.

On s’étonne de ne pas trouver d’allusion au Sanglot de l’homme blanc, essai de Pascal Bruckner (1983) construit autour de cette thématique, ou au dernier ouvrage de Christian Jelen, le percutant La guerre des rues (1998). Eric Zemmour aurait aussi pu citer les films parodiques OSS 117 avec Jean Dujardin ou le grand succès Intouchables, qui procèdent de la même approche : le Français est stupide, l’étranger toujours admirable. Du côté de la bande dessinée, on pouvait rappeler l'existence d'une courte histoire de Gérard Lauzier, Paris sera toujours Paris, à la fois scandaleuse et brillante, comme souvent chez ce grand dessinateur. On est aujourd'hui étonné de trouver, au générique du sketch qui en a été adapté en 1985 pour le film Tranches de vie, les noms de Josiane Balasko et Jean-Pierre Darroussin.

Ces passages intéressants - au sens où ils ouvrent un vrai débat sans s’appuyer sur une histoire reconstruite, mais sur une réalité plus proche et donc plus tangible - méritent d’être lus. On rapprochera l’histoire du voile à Creil avec la remarquable analyse qu'en a faite Alain Finkielkraut avec son livre l’Identité malheureuse.

Relire Revel


Jean-François Revel, dans un livre bouleversant de 1983, Comment les démocraties finissent, avait donné sa propre analyse d’un suicide, non pas français, mais des pays libres en général. Revel pointait l’ennemi des années 80 : l’URSS et ses alliés objectifs, et tous ceux qui, à leur insu ou non, relayaient les thèses soviétiques en terre démocratique.



Sa pensée reste du plus haut intérêt. Les mécanismes qu’il décrit sont les mêmes aujourd’hui, qui poussent une partie de la population à prendre fait et cause, et parfois les armes, contre les démocraties. Jean-François Revel était, selon Zemmour, « porté par un antimarxisme militant qui l’aveuglait souvent » : l’on ne voit rien, ni de près ni de loin, qui justifie pareil jugement. Il faut lire et relire la Tentation totalitaire, Ni Marx ni Jésus, la Connaissance inutile, la Grande Parade et tant d’autres ouvrages pour comprendre à quel point cet auteur était dans le vrai à une époque où tout le monde, ou presque, se trompait. Il n’était pas antimarxiste, c’étaient les marxistes, au nom de leur prétendue science, qui étaient anti-Revel. Revel n’était pas militant : il défendait la démocratie, la liberté, et ne se laissait pas tromper par les communiqués officiels de la Pravda, quand tout le monde célébrait le miracle soviétique, est-allemand ou bulgare, et qu'en 1976 Jacques Delors décrivait dans un mémorable Apostrophes les mérites de la République populaire de Hongrie.

Il ne se laissait pas embrigader, à la différence de Zemmour, dans l’histoire réécrite de la chute d’Allende. Et, au contraire de Zemmour, il n'a pas plus succombé au réflexe moutonnier anti-américain, quand bien même il savait fustiger la politique des Etats-unis.

Mais Revel était un libéral. Cette étiquette infamante devait lui interdire la juste reconnaissance. On s’étonne de ne pas trouver son oeuvre en librairie, à l’exception du consensuel et insipide Le Moine et le Philosophe, co-écrit avec son fils Matthieu Ricard. Tout homme cultivé devrait lire Revel : pas pour nier Zemmour, mais pour comprendre qu’une autre approche d’un déclin occidental existe, étonnamment lucide et contemporaine, soucieuse des faits et sans aucun doute plus pertinente que celle du Suicide Français.


Alain Chotil-Fani, novembre 2014
http://lataloche.blogspot.com/2014/11/le-suicide-francais-deric-zemmour-une.html


La tentation totalitaire (1976) : le livre d'un homme de gauche qui scandalisa la gauche



dimanche 4 septembre 2011

Prejudecati si alte idei false

Nu toate, doar cateva dintre cele mai des intalnite:

- omul foloseste doar 10% din creier (legenda urbana)
- ghimbirul are proprietati afrodisiace (nu exista dovezi stiinifice)
- unghiile si parul continua sa creasca si dupa moarte (iluzie)
- racelile sunt provocate de frig (confuzie intre corelatie si cauza)
- mancarea si bauturile "light" ajuta la slabit (publicitate mincinoasa)
- homeopatia e o medicina naturista (atunci si apa chioara la fel)
- pamantul e rotund (de fapt e elipsoid, punctul cel mai indepartat de centrul terrei nu e Hymalaia ci muntele Chimborazo, in Ecuator)
- Insectele "calugarite" (Mantis religiosa) isi devoreaza partenerul (rar si doar in captivitate)
- distanta intre Pamant si Luna e constanta (oscileaza si se mareste)
- Desertul Sahara e locul cel mai uscat de pe pamant (de fapt e desertul Atacama)
- Topirea icebergurilor face sa creasca nivelul marii (fals demonstrat de Arhimede)
- exista o placa  de cativa mii de km de deseuri de plastic in oceanul pacific (exista dar nu e vizibila cu ochiul liber)
- palmierul e un copac (e iarba)
- putem fi in totalitate inghititi in nisip miscator (tot Arhimede, nu ne putem ineca intr-o materie mai densa decat corpul uman)
- tiparnita a fost inventata de gutenberg (chinezii in secolul IX)
- ploaia poate fi provocata artificial (ne-dovedit stiintific)
- Spiritul poate avea efect asupra materiei (ne-dovedit stiintific, Emoto si geller nu-s decat niste sarlatani)
- Intr-o zi va fi posibila comunicarea prin telepatie (fantasma)
- nimic nu e mai solid decat firul panzei de paianjen (legenda)
- intr-o zi vom putea calatori in timp (in teorie ceva ceva e posibil dar o calatorie dus intors nu)
- dinozaurii au disparut (pasarile sunt inca aici)
- locuitorii Insulei pastelui au distrus padurile de pe insula (factori climatici)
- oamenii preistorici traiau in caverne (rar)
- piramidele din egipt au fost construite de sclavi (muncitori)
- exista un blestem al mormantului lui Tutankamon (legenda urbana)
- cifrele "arabe" au fost inventate de arabi (de fapt, de indieni)



dimanche 20 mars 2011

Millénium, polar entre originalité et conformisme

Le succès mondial de Millénium

Emblème du renouveau littéraire scandinave, en filigrane des commentaires sur le Salon du livre consacré aux Lettres Nordiques, en vedette d’un feuilleton sur France Culture pendant le mois de mars, Millénium s’est imposé comme un incontournable du roman contemporain suédois. De fait, ce « polar addictif, au supense insoutenable », comme l’annonce le 4e de couverture du livre édité par Actes Sud, est un « succès phénoménal dans le monde entier ».

Intrigué par cette exaltation collective, je me suis intéressé aux ingrédients utilisés par Stieg Larsson pour le tome 1 de la trilogie, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes.

Un beau pavé. Couverture noire, illustration mystérieuse : de trois quart, la tête d’une adolescente, semble-t-il, nous regarde. Son visage sans grâce surmonte un torse invisible entouré d’une ceinture de petites têtes féminines reliées entre elles par une cordelette à la façon de Jivaros. L’intrigue promet d’être criminelle, intrigante, mystérieuse. Et longue, très longue : sept cent six pages écrites en petits caractères.

L’amateur de littérature sait que son temps est compté. L’inventaire des grands livres aujourd’hui disponibles donne le vertige, tant il y a à lire, à relire. S’embarquer dans Millénium est comme prendre une place pour une longue traversée dont on espère tout le long qu’elle tiendra ses promesses. Seul l’intérêt de la destination pourra justifier le temps passé à bord. Or il s’agira ici d’heures ou de jours. La question est donc légitime : faut-il prendre le temps de lire Millénium ?

Attention, pour apporter des éléments de réponse à cette interrogation je devrai dévoiler certains éléments essentiels de l’histoire. Avis aux futurs lecteurs…

Un polar, deux quêtes

Faute de preuves, le journaliste Mikael Blomkvist, co-fondateur et rédacteur vedette du journal Millénium, vient de se faire condamner à une peine de prison par un patron véreux. Il reçoit une offre d’un industriel à la retraite, Henrik Vanger, qui lui propose des révélations fracassantes sur son adversaire. Mais à une condition : enquêter au préalable pendant une année sur la disparition énigmatique de sa nièce Harriet, il y a plus de quatre décennies.

Provisoirement mis à l’écart de son journal, voilà Blomkvist exilé pendant de longs mois sur les lieux du crime, une petite île de Suède. Là, il tâche de reconstituer l’enchaînement des faits, sous le regard ambigu des nombreux membres de la famille Vanger. De révélation en révélation, le journaliste, aidé par la jeune surdouée Lisbeth Salander, parvient à mettre à jour une vérité stupéfiante qui élucide enfin l’affaire Harriet. Muni des révélations promises par Henrik Vanger, Blomkvist met en accusation définitive le patron qui l’avait fait condamner.

C’est en justicier auréolé des deux exploits – avoir démêlé l’énigme de la disparition et porté la lumière sur les turpitudes du PDG « ripou » - que Mikael Blomkvist reprend la direction de Millénium.

L’histoire de ce polar est à la fois un whodunit (« qui l’a fait ? » ou la recherche du coupable dans une situation inextricable) et une féroce critique sociale. Selon Larsson, les grandes entreprises ne valent pas mieux que la mafia ; leurs patrons sont aussi méprisables que les trafiquants.

Originalité et poncifs

Mais le livre est un polar peu ordinaire. Sa structure surprend : elle surabonde de précisions, met sous les yeux du lecteur des cartes géographiques et un arbre généalogique, fait intervenir de nombreux protagonistes. Ceux-ci mettent en soin particulier à s’emparer de la parole pour de longues causeries, auxquelles répondent patiemment d’autres personnages tout aussi diserts. Les dialogues, dans Millénium, occupent des pages entières.

Ce foisonnement, et la richesse qu’il fait supposer, impriment un rythme particulier à la narration. Pendant plusieurs dizaines de pages, l’on se demande en vain ce qui fait le prix de cette histoire menée sur un rythme lent, parsemée de redites et redondances. Le lecteur est mis devant un dilemme très concret : faut-il abandonner la lecture ? Difficile, tant la promesse est grande. La promesse d’une aventure extraordinaire dont on espère trouver la substance dans les chapitres qui restent. Comment renoncer à aller au bout de la vérité, quand la réputation du livre est si extraordinaire ?

Alors, il faut bien poursuivre tant bien que mal, supporter la description de cet univers maussade où lentement, très lentement, au prix de multiples digressions, prend forme l’issue de la double quête.

Une fois le lourd bouquin refermé l’on se prend à réfléchir à cette histoire. Elle promettait d’être étrange. Certes, elle contient des mystères, des meurtres, des coups de théâtre. Et elle comporte des aspects originaux : les personnages ne sont pas des jeunes premiers, bien au contraire. Le héros est dans la quarantaine avancée. Il partage en toute transparence sa maîtresse « officielle » avec le mari de celle-ci. Une autre de ses amantes est proche du 3e âge. La jeune surdouée n’est pas un éblouissant top model, mais au contraire une fille effrayante de maigreur, sans les attributs qui plaisent d’habitude aux personnages de polars. Elle a pourtant déjà eu plusieurs dizaines de partenaires.

Cette rupture des moules conventionnels soulève l’attention, et le succès du livre lui doit certainement beaucoup.

On ne peut s’empêcher néanmoins de ressentir une impression mitigée. Le contenu formel du roman donne le sentiment d’être composé d’idées déjà vues.

Par exemple, l’on apprend dans le dernier tiers que Harriet, l’adolescente disparue dans les années 1960, n’est en réalité pas morte. Mais, à la vérité, quel lecteur ne s’en doutait ? Qui n’a pas rapidement conclu qu’un meurtre sans cadavre cachait en fait la fuite ou l’enlèvement de l’intéressée bien vivante ?

Le criminel est quant à lui l’un des principaux suspects, à savoir un membre de la famille Vanger. Or, la surprise eût été qu’il ne le fût pas. Certes, il n’y a pas eu un meurtrier mais plusieurs, comme dans Le crime de l’Orient-Express. Les familles de meurtriers ne sont pas non plus chose exceptionnelle pour les amateurs du genre.

L’assassin est, comme dans la quasi-totalité des films et romans criminels depuis 30 ans, un serial killer. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin, ce tueur en série exécute ses victimes selon des principes bibliques. Et il et a aménagé sa cave en une salle de torture. Larsson se complaît ici dans la plus parfaite orthodoxie.

Et ce n’est pas tout. Le héros, malmené par notre si original criminel, est secouru par sa jeune amie au moment même où il allait rendre l’âme. Cette jeune fille est une geek surdouée et asociale, mais au bon cœur. Bien entendu, Mikeal Blomkvist couche avec elle, comme avec les deux autres principaux personnages féminins.

Tous les industriels sont des méchants, que ce soit le patron véreux qui fait emprisonner le journaliste ou l’oncle de la disparue qui insiste pour que la vérité ne soit pas publiée.

Le personnage de Lisbeth Salander sait, en trois minutes chrono, entrer dans n’importe quel ordinateur verrouillé par mot de passe, maîtrise parfaitement plusieurs langues, possède une mémoire photographique, est capable de trafiquer son deux-roues comme d’installer en un temps éclair un système de surveillance électronique. Une petite génie clairvoyante et surdouée. S. Larsson, intéressant pour sa peinture de mœurs décalées, tombe dans un conformisme exacerbé quand il s’agit des ressorts de l’histoire.

L'invraisemblance des fleurs séchées

Ce regret ne saurait faire oublier un grave défaut de ce récit : son invraisemblance.

Je renvoie ici au mystère insondable exposé dès prologue de Millénium, l’affaire des fleurs séchées. Chaque premier novembre, Henrik Vanger reçoit par la poste une fleur séchée sous cadre. L’expéditeur est inconnu. La provenance du mystérieux colis peut varier : Stockholm, Londres, Paris, Copenhague, Londres, Madrid, Bonn, Pensacola aux États-unis.

Vanger sait que cet envoi anonyme a un lien avec la jeune fille disparue, qui offrait traditionnellement une fleur séchée à son oncle pour son anniversaire. Alors, pourquoi un tel colis après qu’Harriet n’a plus donné signe de vie ? Est-ce une vengeance contre le vieil homme ? La police se déclare impuissante à enquêter. Il n’existe aucun moyen de remonter à l’expéditeur de ce colis annuel.

En partant de ces quelques éléments, qui n’aurait pas l’idée élémentaire de consulter la liste des suspects – grosso modo l’ensemble des membres de la famille Vanger – pour savoir lesquels étaient en mesure de voyager, et de poster année après année la fleur pressée sous verre et encadrée depuis différentes villes à travers le monde ?

Cet examen sommaire aurait permis d’identifier Anita Vanger, installée à Londres depuis les années 1970, et qui travaille pour une compagnie aérienne. Est-il crédible que le vieil Henrik Vanger, qui a passé une partie de son existence à réfléchir à la disparition de sa nièce, ne fasse pas le lien entre le métier d’Anita, ses nombreux déplacements impliqués par son métier, et la provenance des colis ? Peut-on croire une seule seconde que le commissaire de police si impliqué dans la résolution de l’affaire ait négligé une telle piste ? Le métier de chef d’escale à la British Airways d’Anita était pourtant de notoriété publique. L’information est donnée par la bouche même de sa sœur dans la première partie du livre (p. 289).

L'ange sans la bête

Mais il y a plus. L’auteur échoue à exploiter la noirceur grandissante de ses personnages positifs. Il y avait là un sujet en or : ceux qui combattent au nom des principes de civilisation adoptent, en pleine conscience, les procédés de leurs ennemis.

Ainsi, Lisbeth Salander n’hésite pas à violer la vie privée de ceux qu’elle estime être des « salopards ». Et Stieg Larsson s’emploie à défendre son héroïne. Il se pose en partisan d’une pratique somme tout positive, et légitimée par les faits.

p. 419 « … moi aussi j’ai des principes qui correspondent à ton comité d’éthique. J’appelle ça le principe de Salander. D’après moi, un fumier est toujours un fumier et si je peux lui nuire en déterrant des saloperies sur lui, c’est qu’il l’a mérité. Je ne fais que lui rendre la monnaie de sa pièce. »

Pour l’héroïne de Larsson, le salopard l’est par essence. Quoi qu’il puisse faire, aucun rachat n’est possible. Dès lors tout est permis : viol de la vie privée, usurpations, manœuvres visant à l’élimination physique par des tiers. Juger arbitrairement et supprimer les individus nocifs est un procédé habituel des dictatures. Il faudrait « éliminer la pomme pourrie avant qu’elle contamine le panier ».

Salander met en pratique le rêve de tous les totalitarismes, la maison de verre qui nie le droit à la vie privée. Dès la page 159, sa morale est explicite : « Tout le monde a des secrets. Il s’agit simplement de découvrir lesquels. »

Tout le monde s’engouffre dans la boîte de Pandore désormais béante. Blomkvist, « héros équilibré », non seulement admet les pratiques de Salander, mais se promet de les utiliser à ses fins personnelles.

« Mikael décida de demander à Lisbeth Salander de procéder sur Borg, quand l’occasion se présenterait, à l’une de ses si subtiles enquêtes sur la personne. Rien que pour la forme. » p. 691

Le dénommé Borg est un journaliste que notre héros n’apprécie pas. L’inimitié personnelle justifie ici que l’on puisse lancer des « enquêtes subtiles » - entendez : intrusions dans l’intimité pour constituer un dossier à charge. Voilà le sympathique Mikael devenu aussi « salopard » que ses adversaires. A son notoire insu et, ce qui est plus préoccupant, au probable insu de l’auteur du roman qui dresse jusqu’à l’ultime page un portrait flatteur de son justicier sans tache. Faudrait-il voir l’expression d’une tentation totalitaire chez Stieg Larsson ?

Stieg Larsson, histoires de style

J’ouvre le livre au hasard. Page 613. Je recopie :

« Ils se levèrent vers 10 heures, prirent une douche ensemble et s’installèrent dans le jardin pour le petit-déjeuner. Vers 11 heures, Dirch Frode appela et dit que l’enterrement aurait lieu à 14 heures et demanda s’ils avaient l’intention d’y assister.
- Je ne pense pas, dit Mikael.

Dirch Frode demanda à pouvoir passer vers 18 heures pour un entretien. Mikael dit qu’il n’y avait pas de problème. »

Et cela continue, tout au long du tome. Comme l’on ne lit éventuellement pas Stieg Larsson pour son style aérien, et que l’emploi du temps heure par heure des personnages est de la plus cinglante vacuité, l’on se demande l’intérêt d’un tel fatras que l’on croirait recopié du rapport plat et sans âme d’un gratte-papier besogneux.

A la vérité, ces phrases sans ressort et alignées avec complaisance font penser à un procédé pour tirer à la ligne, enfiler les paragraphes et les chapitres. Il serait possible de les retirer sans craindre de nuire à la structure générale de l’ouvrage. C’est dire à quel point elles sont inutiles, tant et si bien que le contenu formel de ces quelques centaines de pages se révèle en définitive bien plus faible que l’épaisseur du volume ne le laisse supposer.

L’impression est renforcée par un style souvent étrange. Beaucoup d’adverbes, des expressions bizarres, comme p. 334 : « elle dévora ses sandwiches nocturnes ». Sandwiches nocturnes ? Certes, on comprend tous les mots de cette locution, dont le sens paraît clair. Mais l’expression sonne faux. On ne dira pas, que je sache, « je mange un steak diurne » à la place de « en plein jour, je mange un steak ». Il s’agit peut-être d’un particularisme suédois que les traducteurs ont tenté de restituer en français, sans grande fortune dans ce cas.

Ailleurs, page 182, on trouve la phrase « Mikael versa un peu de lait dans une soucoupe, que son invité ne tarda pas à laper ». La tournure sans être absolument incorrecte n’est pas très heureuse. Il est recommandé de ne pas séparer « que » de son antécédent. Une phrase plus correcte, à défaut d’être plus intéressante, pourrait être construite ainsi : « Dans une soucoupe, Mikael versa un peu de lait que son invité ne tarda pas à laper ».

Ce n’est sans doute pas grand-chose, dira-t-on. Certes. Mais l’accumulation de ces petites anicroches ne fait qu’accroître au fil de la lecture le sentiment d’avoir sous les yeux un livre mal écrit, ou mal traduit. Le style emprunte parfois au langage familier, sans que l’utilité de cet usage ne soit flagrante (p. 563 : « elle sortit se balader pour balancer discrètement l’ordinateur dans l’eau sous le pont ». Pourquoi « balancer » et non « jeter » ?).

Terminons la revue de style en soulignant les banalités dont Stieg Larsson n’a pas jugé bon de se défaire : « On aurait dit qu’elle avait le pressentiment d’une catastrophe à venir » (p. 498). Lisbeth Salander quand elle monte à l’attaque : « Elle montra les dents comme un fauve. Ses yeux étaient noirs et brillants. » (p. 552).

Honnête et sans génie

Alors, Millénium 1 « Les hommes qui n’aimaient pas les femmes » est-il un mauvais roman ? Non, sans qu’il ne soit un chef d’œuvre pour autant. C’est un polar dans la bonne moyenne du genre, certainement pas un sommet de la littérature.

Son problème, qui est aussi sa valeur en quelque sorte, est qu’il donne au lecteur du genre ce qu’il est en droit d’attendre. Une énigme, une enquête, du sang et du sexe, un vilain serial killer et un vilain patron, un happy end. Mais aussi : des personnages inattendus et somme toute bienvenus dans l’univers tant codifié du polar.

Faut-il prendre le temps de lire Millénium ? Les amateurs d’inattendu seront déçus. L’amoncellement de méandres, de détails inutiles et de fausses pistes dont l’auteur parsème le texte cache en réalité un solide conformisme.
Ceux qui auront prêté l’oreille sans discernement aux dithyrambes ont seront pour leurs frais : à défaut de sommet littéraire, voici un polar honnête et bien long, qui ne parvient en aucune façon à sublimer le genre.

Post scriptum 1 : la traduction

Une fois cet article en cours d’achèvement, je prends connaissance de la polémique qui opposa le critique Jacques Drillon aux traducteurs de Millénium en 2008. Ici : http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20080417.BIB1159/millenium-a-tu-et-a-toi.html . Cela me conforte dans l’idée que la traduction n’est pas irréprochable, même si J. Drillon a relevé d’autres « bourdes » que celles que je cite plus haut. Voir aussi la réponse des traducteurs sur la même page.

Post scriptum 2 : la tentation totalitaire de Stieg Larsson

Par ailleurs, j’apprends dans l’Express que Stieg Larsson (http://www.lexpress.fr/culture/livre/les-enfants-de-millenium_822924.html) s’était engagé en 1977 auprès des rebelles du Front populaire de libération en Erythrée, et désirait léguer ses biens à section communiste d'Umeea, en Suède. L’on comprend mieux la tentation totalitaire que j’avais cru entrevoir – sans doute à juste titre - en lisant Millénium.

mercredi 2 février 2011

Ce mai spun adeptii homeopatiei


... pe forumuri.
Intrebarea era: Homeopatia sarlatanie sau nu?
Distractie placuta!
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Din categoria: granulele nu contin doar apa si zahar ci contin doar zahar si apa! explicatia stiintifica o gasiti in cartea de vraji la mama omida. restu nu va spui, e secret

"ca homeopatii recunosc ca e apa chioara.....vai,cum poate d-na asta sa le puna altora vb in gura.nici un homeopat nu ar zice asa ceva.cine nu are ce face,cine nu vrea si altceva si se incapataneaza sa ramana in trecut,nu are decat sa nu creada.
exista o cercetare stiintifica a unui japonez,cu fotografii ale cristalelor de apa ce isi modifica structura influentate de puterea gandului.sunt facute fotografii,au fost publicate.vor zice ca si asta e sarlatanie.
si da,exista o explicatie stiintifica pt homeopatie.granulele contin extracte nat ,lactoza,parca zahar si nu stiu daca mai e ceva.nu apa si zahar.dar credd ca mai departe stii.ce fel de extracte,etc.asa ca nu insist.explicatia stiintifica se poate gasi pe net,sau in orice carte de homeopatie.
despre experienta noastra de 7 ani cu homeopatia nu va spun ca nu va intere.sper doar sa dureze ca sa imi pot trata copii si nepotii.
si da,se poate intampla ceva daca iei mult si ceva neadecvat.dar nu se intampla ceva grav
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Citate din cartea unui medic (??) Dr Sabin Ivan, Sa ne tratam si fara medicamente. Despre "principiul contrariilor", ce-o mai fi si ala:

Conform principiului asemanarilor , homeopatia foloseste numai acele remedii care pot provoca omului sanatos simptome asemanatoare cu ale bolii ce urmeaza a fi tratata. El se deosebeste fundamental de principiul contrariilor folosit de medicina clasica numita si alopatica(gr.allos=altul), care recomanda remedii contrare cauzelor care au provocat boala , cu exceptia acelora la care se impune administrarea de medicamente de substitutie: vitamine, hormoni , seruri.
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Si tot din aceeasi carte (publicata la editura stiintifica!):

Dupa examinarea bolnavului , medicul prescrie unul sau mai multe remedii , dupa care ii da numeroase sfaturi: sa nu consume in timpul unui astfel de tratament antibiotice, tranchilizante, aspirina, preparate cu cortizon etc; sa renunte la cafea, tutun , pepsi , menta, sa evite atingerea granulelor homeopatice cu mana , introducandu-le din flacon direct in gura.

Ar fi putut sa adauge si: sa stea intr-un picior, sa se dea de 3 ori peste cap, sa recite seara catelus cu parul cret etc
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Biata pediatra, vrea probabil sa mai rasufle si ea:


Fetitele mele nu mai stiu ce e ala un antibiotic,un paracetamol sau un ibuprofen de aproape un an de zile de cand ne tratam numai homeopat. Si amandoua fac laringita cam de 2 ori pe luna, cu haraiala in piept, tuse latratoare si tot tacamul... Si am tratat tot cu homeopate si alte afectiuni, cu succes!
Cand e ceva mai grav mergem intotdeauna si la pediatra,la consult si control, care e intotdeaua placut surprinsa de efectele homeopatelor la fete,in conditiile in care ea ne prescrie antibiotic si pe care stie ca nu-l luam ; pediatra a ajuns chiar sa ne trimita ea la dr. homeopat si sa continuam tratamentul "cu bilute".
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Ce nu ati inteles?
foarte simplu: un placebo nu are nici o substanta activa, insa remediile homeopate au. De aceea functioneaza.
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o aparitie fugara a spiritului critic??
Stiu ca n-am raspuns intrebarilor initiale, am citit destul de homeopatie, recunosc ca nu prea inteleg principiul de functionare (mai ales de ce cu cat diluezi mai mult cu atat efectul e mai strong ), astept si eu un raspuns care m-ar lamuri.
oh nuuu, am sperat degeaba, urmeaza recomandarea:
Daca gasiti un homeopat bun, merita! Si daca nu merge din prima, mai incercati, eu sunt convinsa ca homeopatii buni, care sa practice homeopatia clasica si sa nu faca un mix de remedii sunt rari, dar nu de negasit.
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acceptati domnilor sa fiti trasi pe sfoara de sarlatani:
Asa cum noi, astia care suntem mai mult sau mai putin adepti ai homeopatiei, nu punem la zid medicina alopata si nu evidentiem interesele uriase pe care le au companiile farma de a nu-si pierde multimea de consumatori, v-as ruga politicos pe cei care sustineti medicina clasica sa nu mai denigrati homeopatia.

Cred ca unii dintre noi pur si simplu NU VOR sa accepte...
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din categoria: mergem la medic doar ca sa ii aratam ca suntem mai destepti ca ei

Oare nu e tot sarlatanie ce ne fac medicii de familie, ca la primele semne de amigdale marite ne dau imediat "un siropel" augmentin sau keflex- de parca ar fi ceva bunatate din categoria dulciurilor?
Odata m-am enervat si pe cont propriu am facut un snf, cand am iesit cu reteta de la doctorita. (de fapt am mes pentru altceva, dar a constatat ca are fata amigdalita). Snf-ul a iesit negativ, augmentinul l-am aruncat cu vreo 2 ani mai tarziu, ca expirase.
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Tot din categoria daca pe noi ne-a pacalit dl Boiron, de ce sa nu va pacaleasca si pe voi?

Le-as propune celor care considera homeopatia o sarlatanie, sa inghita la o durere de gat sau la o tuse, macar o zi anumite preparate homeopatice ale unei companii franceze (zic de ele ca le-am incercat, eu si familia mea). Ia sa vedeti cum va faceti bine chiar si fara sa credeti in apa asta de ploaie...si da...numai prin subiectivismul care merge mina-n mina cu placebo.
Daca nu e decat apa de ploaie, deci nu are ce sa va faca rau, de ce nu incercati?
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Cat despre titlul subiectului- sarlatanie... in niciun caz. Doctorii homeopati pe care ii cunosc eu le dau si copiilor lor homeopate. Sa fii sarlatan inseamna sa inseli cu buna stiinta. Cred ca nu este cazul, totusi aici.
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Nu ma intereseaza acele articole - eu am dovezile concrete pe pielea mea si a celor din familia mea - asa ca pur si simplu nu ma intereseaza parerea ta sau a celor pe care ii citezi
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cireasa de pe tort: cugetarea medicala a anului scrisa de.... un medic! Iarna nu-i ca vara si daca nu esti viu esti mort:

Sa afirmi ca homeopatia este sarlatanie mi se pare culmea ignorantei.
Sunt afectiuni vindecabile prin remedii naturiste/alopate/homeopate si afectiuni care sunt vindecabile doar chirurgical sau medicamentos.
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Sarlatanii, victimele sistemului:

Oricum, homeopatia are radacini vechi si sanatoase in RO, dar nu e popularizat tocmai din cauza celor care o combat fara sa stie de fapt ce este.
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si tot acelasi medic care insista sa sa-si arate ignoranta: placebo e atunci cand ii zici pacientului "iti prescriu niste apa chioara da' tu fa-te bine ca te omor"

Dar noi medicii, folosim si remediile naturiste cu foarte mare succes, fara sa ne bazam pe placebo. Ca daca ar fi doar vorba de placebo am da niste banane spunand ca au in ele un ingredient-surpriza daca sunt cumparate de la Real.
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in fata sarlataniei lui yamamota si cristalele lui homeopatia e mic copil

Eu una nu inteleg de ce dupa atatea "marturii" ale oamenilor cum ca homeopatia functioneaza, unii sunt "Toma necredinciosul". Si cum poti vorbi de efect placebo la bebelusi spre exemplu.
Si cum de nu e clar ca in toata chestia asta e vorba doar de interesele companiilor farmaceutice care vad ca lumea apeleaza din ce in ce mai mult la "Vrajitorie" (adica terapii complementare si neinvazive, care culmea, vindeca din interior si nu invers) si care dupa cum stim au modificat limitele minime ale colesterolului, glicemiei etc tot pentru interese proprii.
Si daca homeopatia e doar "apa chioara... picurata..." ce puteti spune despre apa lui Masaru Emoto care cristalizeaza diferit functie de informatia transmisa?
Multa sanatate tuturor!
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tot din categoria : merg la medic doar ca sa-i dau peste nas si tot la homeopat ajung

Baietelul meu este foarte alergic, si raceste foarte des. Pediatra mea ii prescrie tot timpul antibiotice, dar imi spunea sa ii dau doar daca face febra. (am o farmacie de antibioice acasa, pe care bineinteles ca nu le-am folosit). )

mardi 1 juin 2010

Jocul Ultimatumului

...Sau o experienta care arata ca simtul justitiei ar putea fi universal, mostenit prin gene sau prin cultura (inca nu se stie cum)

Ii zice ultimatum pentru ca nu se face decat o singura oferta, totul sau nimic. Doi jucatori, A si B. Unul din ei , A, primeste o suma de bani, 10€ sa zicem. Ambii jucatori cunosc suma. Jucatorul A trebuie sa propuna o parte din bani jucatorului B care, in functie de cat i sa propus, poate sa accepte sau sa refuze. Daca accepta, fiecare isi pastreaza partea, daca refuza, toti cei 10€ sunt pierduti.
Logica spune ca nu ar trebui sa existe refuz, oricare ar fi suma propusa tot e mai mult decat nimic.
Rationamentul logic ar fi urmatorul: A vrea profit maxim dar daca pastreaza toti cei 10€ B va refuza fiindca el nu castiga nimic asa ca toata lumea pierde. Daca pastreaza 9€ si propune 1€ lui B, acesta din urma a trebui sa accepte ca oricum si 1€ e mai mult ca nici unul. Predictia teoriei rationale este deci ca A pastreaza 9€ si ofera 1€ lui B.

In realitate lucrurile stau total diferit. Suma propusa e mai mica sau mai mare in functie de culturi (in SUA si slovenia se propune o medie de 5/5 in timp ce Israel si Japonia propun 4/6 etc)

Motivul e simplu: daca A propune o suma prea mica, B il va "pedepsi" refuzand oferta care i se va parea injusta. Pe de alta parte, A anticipeaza aceasta logica ceea ce il face sa propuna mai mult.
Studiile arata ca numai adultii autisti fac tranzactia 9€/1€.

Comportamentul lui B poate fi calificat de "irational" economic. Insa o asemenea reactie poate fi datorata evolutiei pentru ca tipul acesta de comportament poate fi benefic pe termen lung.

Alte studii au aratat ca la barbatii care refuza oferta testosteronul se gaseste in concentratii mai mari decat la cei care o accepta. Asta arata ce cei mai "barbati" sunt cei tolereaza cel mai putin ofertele injuste. Si cum hormonul asta e legat direct de comportamentul de mascul dominant, concluzia ar fi ca oferta e refuzata de teama pierderii unei pozitii sociale.

Pana la urma si economia e influentata tot de hormoni dar si de ... spiritul de turma ca in videoul de mai jos:

mercredi 19 mai 2010

Bilele paranormale

...care inving forta gravitatiei. Paranormalul functioneaza!

mardi 27 avril 2010

Les aventures de Chtiouchtiouchtiou et Dadada

« Salut, con. Il fait beau, aujourd’hui, con. Ce matin j’ai pris le bus, con, il était en retard, con !».

« Con » est une insulte assez vulgaire, c’est vrai. Mais le personnage qui vous dit cela ne vous veut aucun mal : probablement originaire d’une région du sud, du côté de Toulouse ou Carcassonne, il souhaite simplement souligner l’intérêt de sa déclaration. « Con », dénué de toute valeur injurieuse, est ici une sorte de virgule audible, un point d’exclamation parlé, une façon de ponctuer un discours que l’on veut familier et même affectueux. Autant prévenir les touristes : visiteurs du Languedoc-Roussillon ou de Midi-Pyrénées, ne voyez nulle offense dans l’emploi de ce terme par les indigènes. Sauf si, naturellement, l’on vous traite de « con, con ».

Roumains, avez-vous vos propres tics de langage ? Il m’est arrivé de le penser. A tort, mais j’avais mes raisons. Cela remonte à mes premiers contacts avec vous. Il suffisait que je me mette à parler ; aussitôt, mon interlocuteur lâchait un son bizarre, semblable au tir d’un sniper muni d’un silencieux : « chtiou ». Le murmure lapidaire et sans réplique d’un piston coulissant dans sa chambre.

Vaguement interloqué par cette réaction saugrenue, mettant l’événement sur quelque défaut d’audition, j’affectais l’indifférence et poursuivais ma phrase. Mais alors, j’avais droit à un doublement du phénomène : « chtiouchtiou ».

Le doute n’était plus permis. L’homme qui chuintait d’une façon si insolite paraissait pourtant mentalement sain, en pleine possession de ses moyens et nullement atteint de phtisie.

Ma persévérance à terminer mon discours me valait la saisissante image sonore d’un Orient Express lancé vers Constantinople : « chtiouchtiouchtiou ! ».

« Étrange tic de langage, assurément », exprimais-je alors in petto. Quel naïf ! La vérité était que chtiouchtiouchtiou et sa variante dadada voulaient me hurler l’inutilité de mes dires, la futilité de mes paroles, pire : l’insignifiance de ma pensée. Ce que je disais était déjà connu. Ce que j’allais ajouter n’en valait pas la peine. Mes éventuelles conclusions ne valaient même pas le prix de la salive nécessaire à leur formulation.

Car un jour, j’appris que « ştiu », c’est « je sais ». Et ce jour-là, tout s’éclaira : les divers Roumains avec qui je croyais avoir discuté n’étaient ni victimes de troubles de l’élocution, ni sous le coup d’une pleurésie tenace, mais bardés d’une certitude sans faille. Celle de posséder la parfaite connaissance de ma pensée avant même que les mots ne soient formés dans ma tête. Aussi, dès le début d’une phrase, mon intention était cernée, l’on anticipait les termes, mes arguments ; l’on voulait m’épargner la fatigue de longs exposés, de raisonnements choisis, de conclusions raisonnées. Un excès de complaisance, doublé de la conviction en béton armé que je ne pourrai rien déclarer qui ne fût déjà parfaitement connu. En bref, on me faisait gentiment sentir que mon opinion ne valait rien, que dalle, nimic.

Ştiu. Des sommets de son orgueil, le petit malin affirme qu’il sait. Quel que soit le sujet abordé. Un impératif : ne pas avouer son ignorance. Ignorer, c’est courber l’échine. Un corollaire : ne pas poser de questions. Pourquoi demander, puisque je sais déjà ?

Dadada. Ouiouioui. Surtout ne jamais paraître surpris. Règle de vie : rien de ce que tu pourras dire ne me prendra en défaut. Et même si d’aventure tu m’apprenais quelque chose, du moment que les mots ont heurté mes tympans, j’en sais autant que toi. Donc : dadada.

Le procédé, on l’aura compris, est parfaitement insupportable. Et tout à fait contreproductif. Hélas, même leur petit jeu éventé, les adeptes du stratagème persévèrent. Certains apportent même quelques variantes. En voici deux ; la dernière comporte elle-même deux versions.

Ainsi, la tactique du répété assuré. Il s’agit d’être attentif aux mots importants (ou perçus comme tels) d’un discours, et de les répéter aussitôt d’un ton résolu. Même si on ne les comprend pas, peu importe. Confronté à ce qui lui paraît être un expert du domaine, l’orateur, médusé, perd son assurance et se réfugie in fine dans le mutisme – le but recherché.

L’esquive, version la noi. Quand l’échange commence à sentir le roussi, se référer à un événement domestique (et connu de moi seul) permet de couper court. Cette manœuvre commence toujours par les mots « la noi », ce qui veut dire : « chez nous ». Dépossédé de la connaissance du sujet traité, le discoureur est forcé au silence. Imparable.

L’esquive, version gluma (blague). Coincé par une question en retour à ses interventions, le petit malin a pensé à tout. Double avantage : une bonne blague lui permet à la fois d’esquiver l’écueil sans perdre la face, et de placer les échanges sur un terrain qui lui sera, cette fois-ci réellement familier.

Voici, pour rendre l’image d’une discussion avec un petit malin de Roumanie, à quoi pourrait ressembler une tentative de déclamation d’un poème de Paul Verlaine.

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne (ştiu)
Blessent mon cœur (da)
D'une langueur
Monotone.
Tout suffocant (dada sufocant)
Et blême, quand
Sonne l’heure, (hora, ştiu)
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure, (dadada !)
Et je m’en vais
Au vent mauvais (« mové », dada ştiu !)
Qui m’emporte
Deçà, delà
Pareil (ştiu da ştiu !) à la
Feuille (dada ştiu ştiu ştiu !!) morte.

Pour reprendre la main, cette démolition en règle peut être suivie par la variante la noi :
La noi, la toamna… (suit une discussion animée sur diverses considérations météorologiques locales, bien entendu sans le moindre rapport avec le texte).

A moins que l’on lui préfère la variante gluma :
Très drôle ton histoire. Décidément, ces Français ne comprennent rien à la rigolade. Je pense que vous êtes jaloux.

Ce à quoi je réponds : da, da. Ştiu, con.

jeudi 22 avril 2010

Mélancolie française : le paradoxe d'Éric Zemmour

Mélancolie française, le dernier livre d’Éric Zemmour, arrive en rayons nimbé d’un épais nuage de soufre. Son contenu serait « explosif ». Diverses « petites phrases » de son auteur, jugées scandaleuses, ont alimenté la rumeur autour de ce lancement.

Je ne parlerai pas de ces dernières pour me référer uniquement au contenu de l’essai. Aurai-je enfin la clef de cet étrange mystère : une pensée fausse engendrant des conclusions si exactes ? Car là se trouve un paradoxe. Je regarde parfois Éric Zemmour à la télévision. Et sans que ses analyses politiques ne me séduisent, il m’arrive souvent de partager les conséquences qu’il en tire. C’est donc avec un certain effarement que je prends souvent acte de la pertinence de ses démonstrations, alors que les prémisses de celles-ci me paraissent tout aussi souvent contestables.

Mélancolie française est un essai dense. Le résumé ci-dessous tente d’en restituer l’architecture logique, en laissant de côté les innombrables développements qui en font aussi sa richesse.

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Chapitre premier : Rome. Depuis l’époque pacifique de la Gaule romaine, la France poursuit l’idée de réunir l’Europe autour d’elle. Les Capétiens, confrontés au protestantisme, inventent le pluralisme : désormais, le sens du sacré s’incline devant celui de l’État. A l’époque de Louis XIV, l’unité européenne sous tutelle française est presque complète.

Chapitre 2 : Carthage. Au même moment, l’Angleterre s’assure la domination sur les mers, au prix de plusieurs guerres avec la France. Celle-ci doit renoncer à son rêve de nouvel empire romain en abandonnant le nord de l’Italie. Son retard sur l’Angleterre est à la fois économique et politique. Seule la Révolution redonne à la France de nouvelles frontières à la mesure de son essor démographique.

Chapitre 3 : l’empereur. Napoléon poursuit le rêve des « nouveaux Romains » de la Révolution. Sa lutte avec les Anglais confronte deux conceptions du monde : libre-échange contre protectionnisme, mer contre terre. En 1815, l’Angleterre victorieuse obtient une France trop affaiblie pour être une menace, mais suffisamment forte pour contenir la Prusse.

Chapitre 4 : le chancelier. Au XIXe siècle, la France étend ses limites en Europe et outre-mer. Mais sa natalité est supplantée par celle de la Prusse dès 1812. L’Allemagne devient l’acteur de l’unification du continent. Après la défaite de 1870, la France prend son vainqueur comme modèle. L’alliance franco-russe se double ainsi d’un rapprochement avec l’Allemagne à la fin du siècle, contrecarré par l’Angleterre qui s’allie à la France au début du XXe.

Chapitre 5 : le Maréchal. Pétain a raison d’attendre les Américains en 1917 et tort de faire le même choix en 1940. Le pétainisme est un pacifisme. Après guerre, De Gaulle s’évertue à redonner un rôle de premier plan à la France, fût-ce au prix de la perte des dernières colonies. L’indépendance de l’Algérie, « Amérique de la France » signe le déclin du pays, aggravé sur le plan culturel par les États-unis et leur force financière.

Chapitre 6 : le Général. La gauche est historiquement divisée entre Révolution et pacifisme. Ce dernier courant nourrit la collaboration, restauration d’un empire romain contre les nouvelles Carthages « ploutocrates ». Le président de Gaulle entrevoit une alliance possible avec les Russes, brièvement réalisée en 2003 par Chirac contre l’intervention américaine en Irak. Rentrée dans le rang des défenseurs des droits de l’homme, la France fait aujourd’hui le choix impérial des États-unis.

Chapitre 7 : le commissaire. L’idée d’Europe unie n’est discutée par personne, même si la France s’y perd. La paix avec l’Allemagne résulte en premier lieu d’un épuisement des belligérants. L’Europe des Six était la France idéale, reproduisant les frontières de la Gaule romaine. L’agrandissement vers l’Est signifie l’affaiblissement de son influence. Pour balancer cette nouvelle union continentale, Sarkozy lance l’Union pour la Méditerranée. L’entente avec l’Allemagne n’est plus qu’un souvenir, au sein d’un Occident ayant perdu son rang en 2008.

Chapitre 8 : le Belge. Comme l’Empire romain, l’Europe est morcelée d’ethnies revendiquant – et obtenant – leur droit à la différence. Ainsi l’emblématique Belgique, « RDA de la France ». Une réunification avec les provinces belges francophones n’est pas impossible, si la France a les moyens de l’imposer à ses partenaires.

Chapitre 9 : la chute de Rome. Malgré l’analyse courante des chiffres officiels, la natalité française doit beaucoup à celle de ses populations d’immigration récente. Or, une intégration réussie passait jusqu’à une époque récente par les efforts demandés aux nouveaux venus, sur le modèle romain. L’empire romain est précisément tombé avec l’échec d’assimilation de ses derniers barbares. Et de nos jours, les règles de vie de l’Islam vont à l’encontre du modèle français. La France ayant renoncé à l’assimilation, le rêve d’une paix en Europe s’éloigne.

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Ce résumé très sec de Mélancolie française ne rend pas compte du foisonnement offert à chaque page du livre. Comme on l’aura compris, ce n’est pas un ouvrage d’histoire, mais le récit, étayé par des faits historiques, d’un pays voué au même déclin que le modèle dont il s’inspirait.

Ce pays programmé depuis mille ans pour donner la « paix romaine » à l’Europe devait rentrer dans le rang. (p. 35)

Pour Éric Zemmour, les pays ont une âme. On est frappé de relever, sous sa plume, les constantes entre la France du Mérovingien Clovis ou du Capétien Philippe Auguste, de Louis XV, des révolutionnaires, de Napoléon, Louis-Philippe, de la Restauration et du Second Empire, de la IIIe République, de Pétain, de Gaulle et des présidents jusqu’à Sarkozy – oui, toutes ces Frances-là sont intimement travaillées par le même grand dessein, toujours contrarié, celui de mener une union européenne sous leur tutelle ; et toutes ont tenté, à leur façon, de réaliser cette destinée ; et toutes sont frustrées de leur échec venant grossir ceux de leurs devancières. Autant dire que ces différentes Frances, observables au niveau des phénomènes historiques, sont un seul pays au sens platonicien : la France éternelle, évidemment idéale.

Il en est de même pour les autres grandes puissances. L’Allemagne s’incarne aussi bien dans la Prusse de 1815 que dans l’Empire de Bismarck, la République de Weimar, le IIIe Reich, l’ensemble RFA-RDA et enfin le pays réunifié. Le modèle français nourrit sa pulsion de domination continentale. L’idée sacrilège que ce même appétit intime s’impose à la nation hitlérienne ou sous la présidence d’Angela Merkel n’est pas un obstacle pour Éric Zemmour : son approche de la « montagne de neige » russe procède de la même logique. La Russie reste la Russie, qu’elle soit dirigée par Pierre le Grand ou sous l’emprise totalitaire des Soviets.

Ainsi, la « nation » - les guillemets s’imposent - primerait l’idéologie. A ceux que cela heurte, l’on rappellera que le Général de Gaulle ne professait pas autre chose.

Le rapprochement n’est pas fortuit. Zemmour inscrit nettement son analyse dans une perspective gaullienne. De Gaulle n’a-t-il revendiqué, en 1945, cette fameuse rive gauche du Rhin si chère à la France rêvée ? Un gaulliste aussi fidèle qu’Olivier Guichard a livré, dans son ouvrage Mon général (Grasset, 1980), cette nouvelle incroyable : de Gaulle reprenait à son compte la vieille obsession de l’Action Française, celle d’un retour aux Traités de Westphalie.

Pourquoi les Traités de Westphalie, cette victoire diplomatique de Mazarin en 1648 ? Notamment parce qu’ils affaiblissaient considérablement la puissance allemande, balkanisée en plusieurs centaines d’états minuscules. On comprend que l’idée ait séduit de Gaulle, incapable au lendemain de la guerre de comprendre la nouvelle donne géopolitique posée par le stalinisme. L’idée fixe secrète de la France d’Éric Zemmour n’est donc sans doute, par l’intermédiaire du Général, que le fantasme de Maurras et Bainville.

Car l’esprit de Charles de Gaulle plane sur Mélancolie française. Avec un bonheur variable. L’Europe de l’Atlantique à l’Oural n’était certainement pas une vision de l’après-mort du communisme, perspective sacrilège dans les années 1960. Ce projet devait constituer le pendant du retrait français de l’Otan, en 1966. Repousser les Américains devait nous ouvrir aux Russes. Idée héritée de l’Europe du XIXe – celle des nations – et inconcevable en pleine guerre froide : comment imaginer une seule seconde unifier l’Europe démocratique avec les dictatures communistes ? Avec quelles instances, quelle vision politique, quelles unions commerciales ? Le résultat de l’opération fut que le camp démocratique sortit affaibli alors que les Soviétiques se frottèrent les mains – sans, naturellement, octroyer ne serait-ce qu’un début de la contrepartie espérée.
Le parallèle avec la décision française de refuser l’engagement en Irak en 2003 est juste, mais mais pas pour les raisons avancées par Zemmour. Comme en 1966, la faille dans le front démocratique conforta la tyrannie, en Irak et ailleurs ; le soutien douteux et circonstanciel de Vladimir Poutine ne déboucha sur aucune espèce d’alliance entre Paris, Berlin et Moscou.

Zemmour suit le Général dans sa défiance envers les Américains, « médiocres guerriers mais riches en dollars » (p. 124). Leur art s’impose par « l’alliage rare de talents exceptionnels et de puissance commerciale et financière » (p. 133). On aimerait rappeler que « la puissance commerciale et financière » n’est pas un produit naturel extrait du sol américain, que les « talents rares » peuvent s’exprimer outre-Atlantique quand nos propres artistes supportent, encore, dans les années 1960, la censure d’état. Quand les Américains sortent 2001, Odyssée de l’espace, les Français se pressent pour voir Le gendarme se marie.

Éric Zemmour, enfin, estime que de Gaulle « écrivait comme Chateaubriand ». Est-ce que Chateaubriand aurait osé écrire : « J’ai entamé le processus régulier nécessaire… » ? Ou encore : « la dégradation de l’Etat entraîne infailliblement l’éloignement des peuples associés. » Sait-on quelque chose de plus laid que cet « infailliblement l’éloignement » ? Ou encore le début des Mémoires : « Petit Lillois de Paris, rien ne me frappait davantage que le symbole de nos gloires : nuit descendant sur Notre-Dame, majesté du soir à Versailles, Arc de triomphe dans le soleil, drapeaux conquis frissonnant à la voûte des Invalides ». Ces quelques exemples sont tirés du Style du Général, de Jean-François Revel. Fermons cette parenthèse dont le seul mérite est, peut-être, d’insister sur l’admiration que l’écrivain porte sur l’homme d’État – sincère et, sans doute, trop encline à l’indulgence.

L’Europe des Six correspond exactement à la France rêvée par mille ans de rois et d’Empereurs (p. 173).

Si ce rêve était celui des régents – ce que je ne pense pas, mais je laisse ce point de côté – était-ce réellement celui des Français ? Cette mélancolie française trouverait son origine, selon Zemmour, à la fois dans le souvenir d’une Rome apaisée et pourtant détruite, et dans l’illusion d’un rôle majeur toujours à portée de la France mais jamais endossé. Or, la culture de masse ne s’irrigue pas aux sources de tous les faits historiques, aussi prestigieux soient-ils.

La charge émotive de ces événements diffère, naturellement, selon l’âge et l’expérience des interlocuteurs. Qui se déclare aujourd’hui indifférent à l’engagement en Afghanistan, qui osait proclamer sa neutralité face aux opérations militaires au Kosovo ? Pas grand monde. Au rebours, par exemple, des accords de Munich, entrés dans l’histoire – c’est-à-dire dans les livres d’histoire.

On comprend à le lire qu’Éric Zemmour, lui, est toujours concerné par ces événements maintes fois séculaires. Pour lui, cette distinction ne joue pas. Sa vision des traités de Westphalie, événement « muet » pour la majorité d’entre nous, reste passionnelle – actuelle. Non qu’il faille nier les conséquences de ce traité sur le monde d’aujourd’hui, là n’est pas la question. Ces conséquences existent sans le moindre doute, sinon enseigner l’histoire n’aurait aucun sens. Mais qu’il faille se sentir concerné par la teneur de ces traités, au point de se féliciter ou de s’en plaindre en tant que Français, là est précisément l’originalité d’Éric Zemmour. Il en parle comme d’autres parleraient du refus de participer à l’invasion de l’Irak. Sous sa plume, les Français ont voté non à l’Europe en 2005 pour punir Giscard d’avoir brisé un tabou : celui d’avoir révélé, dès le début de son septennat en 1974, que la France n’était plus une grande puissance. Il tombe dans le travers de son érudition, s’imaginant partager avec tout un chacun sa culture historique et sa mémoire politique.

L’auteur de Mélancolie française aime la France, mais toute la France, avec ses réussites et ses échecs, par-delà les régimes politiques et les âges. La Révolution est un bloc, disait Clémenceau. Pour Zemmour, la France est un bloc.

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Curieusement, en parlant de nostalgie, l’auteur rejoint d’autres formes de pensée courantes à l’étranger. L’idée d’une Grande France ? Sur des critères historiques ou mythiques, d’autres nations cultivent encore l’illusion d’une Grande Serbie, d’une Grande Croatie, d’une Grande Roumanie. Cette liste (évidemment non exhaustive) nous rappelle combien ce qui nous semble saugrenu ne l’est pas forcément pour des pays d’où toute réflexion politique a été bannie pendant des décennies.

Le souvenir mythique d’un âge d’or travaille aussi l’Islam. Califat de Cordoue, terre des Omeyyades, ce pays de cocagne où toutes les confessions vivaient en paix, cités d’art et de science : image encore vivace de mille et une nuits dans les jardins d’Espagne. Les premiers âges du Jihad menèrent les troupes musulmanes à Poitiers. Plus de mille ans plus tard, on les retrouve encore à l’Est, assiégeant Vienne. Cette Europe tellement convoitée et jamais conquise, porteuse de la promesse d’un nouvel al-Andalus où couleraient le lait et le miel, n’est-elle pas aussi la projection d’une mélancolie de l’Islam ?

Ouvrons le Précis de décomposition. « Toute nostalgie est un dépassement du présent. Même sous la forme du regret, elle prend un caractère dynamique: on veut forcer le passé, agir rétroactivement, protester contre l’irréversible. La vie n’a de contenu que dans la violation du temps. L’obsession de l’ailleurs, c’est l’impossibilité de l’instant ; et cette impossibilité est la nostalgie même.
Que les Français se soient refusés à éprouver et surtout à cultiver l’imperfection de l’infini, n’est pas sans avoir un accent révélateur. Sous forme collective, ce mal n’existe pas en France : le cafard n’a pas de qualité métaphysique et l’ennui est singulièrement dirigé. Les Français repoussent toute complaisance avec le possible ; leur langue même élimine toute complicité avec ses dangers. Y a-t-il un autre peuple qui se trouve plus à son aise dans le monde, pour qui le chez soi ait plus de sens et plus de poids, pour qui l’immanence offre plus d’attraits ? »

Cioran, tout comme Zemmour, nous parle à la fois de nostalgie et de la France. Mais pour les opposer. La nostalgie, cette « culture de l’imperfection de l’infini », n’existe pas chez nous sous forme collective : c’est bien pourquoi la forme individuelle cultivée par l’auteur de Mélancolie française la rend si rare, et si incongrue. Les références à nos grandeurs et erreurs passées s’arrêtent, en général, à la Révolution, ou tout du moins à sa version kitsch et simpliste. Plus loin dans le temps, on ne voit plus guère que le mythe de Jeanne d’Arc, symbole récupéré par maints courants populistes – celui de Jean-Marie Le Pen n’étant pas le premier – et de la sorte auréolé d’une douteuse radioactivité.

Mais le discours d’Éric Zemmour ne cherche pas à glorifier un âge d’or révolu. Son propos vise un certain renoncement : nier ce passé inaccompli, n’est-ce pas aussi oublier ce qui fait notre exception ? Et l’oubli ne précède-t-il pas l’abandon des fruits de cette histoire ?

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Dans son rapport à la nation, la France est unique. Les étrangers, souvent, attirent notre attention sur ce fait. Le Polonais Witold Gombrowicz, fuyant le nationalisme imbécile, s’émerveillait : « Un Français qui ne prend rien en considération en dehors de la France est-il plus français ? Ou moins français ? En fait, être français, c’est justement prendre en considération autre chose que la France. » (Journal 1957-1960, Denoël, 1976, p. 25)

Emmanuel Levinas, naturalisé français dans sa 24e année, partageait cette fascination : « la France est un pays où l’attachement aux formes culturelles semble équivaloir à l’attachement à la terre ».

Et Alain Finkielkraut, dans sa Défaite de la pensée (Gallimard, 1987), commente : « … Lévinas lui-même est devenu français par amour pour Molière, pour Descartes, pour Pascal, pour Malebranche – pour des œuvres qui ne témoignent d’aucun pittoresque, mais qui, prenant en considération autre chose que la France, sont des contributions originales à la littérature universelle ou à la philosophie ». Et Finkielkraut ajoute aussitôt : « Cet idéal est aujourd’hui en voie de disparition ».

Le soupçon de passer pour d’horribles chauvins nous intime de taire cette qualité typiquement française. Le refus du volksgeit allemand, l’ouverture vers l’universel, sont pourtant des héritages de ce siècle des Lumières que nous aimons tant.

Éric Zemmour, cependant, ne trouve pas auprès des philosophes du XVIIIe la source de cette originalité. Il faut pour cela remonter à la cause première, la rechercher dans la situation géographique de notre pays. L’incipit de Mélancolie française : « La France n’est pas en Europe ; elle est l’Europe. La France réunit tous les caractères physiques, géologiques, botaniques, climatiques de l’Europe. »

Cette unicité de la petite Europe, seul pays européen à la fois maritime et continental, devait assurer un destin impérial à notre pays. Le fondement même de la réflexion d’Éric Zemmour s’amorce ici, dans cette unicité qui fait que la France est France par sa situation ; et par suite par sa façon de réunir les hommes de cultures différentes : « Le Roussillon est espagnol, la Provence est un amas composite de cités grecques et de municipes romains ; la Lorraine est une miniature de l’Empire germanique, où Français et Allemands sont intimement mêlés. Toulouse est une Rome à moitié réussie […] ».

Quelque chose d’exceptionnel, dès lors, lui était dû : là se trouve la source de l’essai. Or, si la France est unique, elle n’est pas la seule à être unique. L’on aura du mal à persuader un Américain que son pays-continent bordé par les deux plus grands océans ne soit pas, lui non plus, unique et voué à un destin hors du commun. L’on pourrait poursuivre l’exercice avec maintes autres puissances passées ou présentes : Mexique, Iran, Japon, et tant d’autres encore. Faut-il voir dans la promesse de ces nations la justification de nouvelles conquêtes, d’un monde où « l’on se sentirait si bien » ?

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Avant lecture de Mélancolie française, j’entendais dire que le livre est un précis d’histoire, donc relativement objectif, couronné, dans sa dernière partie, de réflexions scandaleuses et fort mal venues. Or, c’est exactement l’inverse. La partie « historique » (chapitres 1 à 8) n’est certainement pas l’œuvre d’un historien. Il faut au contraire y trouver l’ouvrage d’un croyant. Zemmour croit que la France est « programmée » pour unir l’Europe autour d’elle. Il explique pourquoi il y croit, sans offrir le moindre argument qui permettrait d’étayer cette « programmation ». Que l’on embrasse ou non cette foi est l’affaire de chacun, mais cette adhésion ne saurait se faire en vertu de principes rationnels, ici absents.

Le dernier chapitre, si « scandaleux », secoue les « chiffres de l’immigration ». La part des étrangers est la même depuis les années 1930 ? « Chiffre d’une rare mauvaise foi pourtant, écrit Zemmour. Imaginons que surviennent cent millions d’Africains (ou de Chinois ou de Brésiliens) dans notre beau pays ; on donne aussitôt une carte d’identité à chacun ; la part d’étrangers dans la population française n’aura pas bougé d’un millième de point ».

D’un point de vue mathématique, l’argument est faux : ajouter des Français à une population mêlée de Français et d’étrangers diminuerait la part d’étrangers dans le total, ce qui apporterait plutôt de l’eau au moulin d’Éric Zemmour. C’est le nombre qui resterait invariant, et non la part. Qu’importe : je ne sache pas que l’on donne si facilement la nationalité française aux immigrants. Si oui, il faudrait en savoir davantage. En l’absence de données chiffrées, comment l’homme de la rue pourrait estimer la qualité de l’argument ?

Les mêmes doutes se posent au sujet de la fécondité. Le chiffre avancé par Éric Zemmour est de « 1,7 enfant par Française d’origine européenne ».

« Personne ne notait (on ne voulait noter) que ce dernier chiffre franco-français n’était pas si éloigné des chiffres désastreux de nos voisins européens (1,75 en Suède, 1,74 en Grande-Bretagne, 1,37 en Allemagne, 1,33 en Italie, 1,32 en Espagne). »

Pourtant, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Espagne, la Suède même, ne sont-elles pas elles aussi des terres d’immigration ? Comment dans ce contexte expliquer que leurs chiffres soient si bas alors que le nôtre « toutes origines confondues » soit si élevé ? Cette question n’est pas soulevée.

Comme pour la partie « historique » de son essai, Zemmour échafaude son raisonnement sur des actes de foi. Ses chiffres n’échappent pas au soupçon de l’arbitraire. Je ne prétends pas qu’ils soient faux : je dis que le lecteur un peu curieux n’est pas en mesure de les accepter sans davantage de preuve.

Aussi l’auteur est-il plus recevable quand il renonce aux statistiques. Il touche juste quand il pointe la vogue des prénoms musulmans « jusqu’à un ministre de la république, Rachida Dati, incarnation pourtant flamboyante de l’assimilation à la française, qui prénomma sa fille Zohra ». Et dire qu’il existait en langue française le parfait équivalent de ce prénom, l’exquise et rare Fleur...

L’affaire du prénom est un symptôme. Est-ce un gage d’intégration réussie que de lier un nouveau-né à une culture étrangère à son pays ? Il n’est pas scandaleux de poser la question. Je ne crois pas que notre pays aurait beaucoup gagné si les parents de notre si populaire Coluche l’avaient baptisé Michele. Et Rajmund Kopaszewski aurait-il été meilleur joueur que Raymond Kopa ?

Des territoires entiers sont-ils sous la coupe de pouvoirs locaux ? L’actualité peut nous le faire penser. La question est de savoir si l’on doit tirer des enseignements plus généraux de faits divers ou bien si ceux-ci restent isolés. Zemmour choisit la première hypothèse, et rattache cette émergence d’états dans l’état à l’histoire : Imperium in Imperio, disaient les Romains. La chute de la civilisation, accusée d’inhumanité en voulant appliquer la loi ; dès lors incapable de s’imposer. Le choix du renoncement, confortablement abrité par les droits de l’homme, précipiterait en sous-main notre faillite collective.

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Mélancolie française permet de mieux cerner la pensée si vive d’un journaliste devenu chroniqueur vedette. L’impressionnante densité d’informations historiques est servie par un style fluide et alerte. On est d’autant plus surpris de trouver, chez ce défenseur de la langue, une locution aussi laide que « au final » (p. 10) ou encore l’adjectif « hypercompétitive » (p. 182) ; une phrase comme « le nouveau Constantin n’était autre que le petit-fils du dernier maire du palais des héritiers de Clovis », page 16, aurait mérité meilleur sort. Quelques oublis de guillemets (pp. 54, 105).

Cessons là la revue de détail pour revenir à l’essentiel. L’essai confirme point par point l’impression laissée par Zemmour à la télévision : l’enchaînement logique des prémisses est faux ; sa conclusion suscite un vif intérêt par sa pertinence. Inutile d’être habité par une foi française puisant sa force dans la géographie et l’histoire pour s’inquiéter de la façon dont notre vivre ensemble s’accommodera – ou pas – des bouleversements du XXIe siècle. Et en cela, il est important de lire Éric Zemmour, tout paradoxal qu’il soit.


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