samedi 8 septembre 2007

La maison de Dvořák à New York


En passant par New York, l’une de mes résolutions fut d’aller voir la maison de Dvořák. L’endroit n’étant pas documenté dans les guides français, et absent des circuits touristiques, j’ai dû me débrouiller par mes propres moyens pour me rendre à l’endroit où vécu le grand compositeur. Voici le fruit de cette expérience.
Mais qui était donc Dvořák ? Et pourquoi New York ?
Autant le dire tout de suite, « Dvořák » ne se prononce pas « Dvorak » mais plutôt « Dvorjak ». La faute à un petit accent que les Tchèques placent parfois sur leurs consonnes, un « hacek » qui transforme un innocent « r » en « rj » moins commode à prononcer. Dvořák était donc un Tchèque, il a vécu pendant la seconde moitié du XIXe siècle et à sa mort en 1904 il était considéré comme l’un des plus grands compositeurs de son temps. Depuis, cela n’a pas changé, au contraire même.
Je comprends le scepticisme de certains. Quand l’on parle de grands compositeurs, l’on pense à Mozart, Beethoven, Bach, Verdi, Brahms, Wagner et quelques autres encore, mais le nom de Dvořák ne vient pas spontanément à l’esprit. Par bonheur nous vivons une époque où un certain éloignement, indispensable à la reconnaissance des maîtres d’autrefois, a fait son œuvre. Et que constatons-nous ? Tout simplement que la musique de Dvořák n’a jamais quitté la scène, qu’elle a été défendue par les plus grands interprètes, que d’innombrables artistes pendant plus d’un siècle ont rendu un hommage constant à la qualité de son héritage musical, en dépit de la méfiance infondée d’un certain milieu français. Nous constatons aussi qu’il a donné au monde une symphonie célèbre entre toutes, si légendaire que seules les symphonies de Beethoven peuvent en contester la popularité ; qu’il a composé le plus joué des quatuors, le plus aimé des concertos pour violoncelle, l’une des plus gracieuses arias qu’un compositeur offrît jamais à une héroïne d’opéra… Arrêtons là les superlatifs et disons simplement que si tout le monde ne sait pas qui était Dvořák, tout le monde connaît sa musique.
Oui, je dis tout le monde. Jugez-en par vous-mêmes, écoutez ces musiques (ou faites-les écouter à un novice en musique classique) et voyez si au moins l’une d’entre elles n’est pas déjà connue (tous les liens s'ouvrent dans une nouvelle fenêtre) :

IXème symphonie "du Nouveau Monde" (4ème mouvement) : http://www.youtube.com/watch?v=Vlci-kCEaKE

IXème symphonie "du Nouveau Monde" (2ème mouvement) : http://www.youtube.com/watch?v=-ENf4VEhI40

VIIIème symphonie (3ème mouvement) : http://www.youtube.com/watch?v=hQ1pbc4QmpY

Sérénade pour cordes (valse) : http://www.youtube.com/watch?v=Bh0wnvSwHzU [publicité pour Radio Classique]

Humoresque n° 7 : http://www.youtube.com/watch?v=ScSCILXXLnM

Danse slave n° 8 : http://www.youtube.com/watch?v=UMIfQ7KhRqY

Ode à la Lune (opéra Rusalka) : http://www.youtube.com/watch?v=1iLqXZHO45o

Quatuor américain (4ème mouvement) : http://www.youtube.com/watch?v=p1iaoTv6dHo

... et tant d'autres choses. Songez qu'il y a plus de 200 compositions, dont une bonne moitié manifeste une qualité exceptionnelle !
Et New York ? J’y viens. Ainsi que je le disais, Dvořák était un compositeur reconnu de son temps, et c’est pourquoi il fut invité à vivre à New York pour former une génération de musiciens américains. Il y resta trois années. Je n’entre pas dans les détails de cette aventure à laquelle j’ai consacré plusieurs articles, et dont je parle aussi dans mon dernier livre. Son logement était situé sur l’île de Manhattan. Pendant un siècle, jusqu’au début des années 1990, la maison fut le théâtre de plusieurs manifestations musicales et patriotiques en soutien au peuple tchèque. L’une des plus symboliques eut lieu en 1941, pour les célébrations du centenaire du compositeur. Un concert réunit alors le chef Bruno Walter et le violoniste Fritz Kreisler, deux interprètes de prestige, en présence du ministre en exil Jan Masaryk. Le maire de New York Fiorello LaGuardia dévoila à cette occasion une plaque commémorative qui fut apposée sur la façade de la maison. L'inscription que l'on peut lire aujourd'hui est un peu différente et dit la chose suivante :

THE
FAMOUS CZECH COMPOSER
ANTONIN DVORAK
1841 – 1904
LIVED IN A HOUSE ON
THIS SITE
FROM 1892 UNTIL 1895
Le célèbre compositeur tchèque
Antonín Dvořák
1841 – 1904
vécut dans une maison à cet emplacement de 1892 à 1895
IN MEMORY OF HIS
100TH BIRTHDAY
AND FOR FUTURE
GENERATIONS OF
FREE CZECHOSLOVAKIA,
THE
GRATEFUL GOVERNMENT
IN EXILE
CAUSED THIS
INSCRIPTION TO BE
ERECTED INITIALLY ON
DECEMBER 13TH 1941
En mémoire du 100ème
anniversaire de sa naissance
et pour les générations futures de
la Tchécoslovaquie libre, le
gouvernement en
exil reconnaissant
fit composer cette inscription,
inaugurée à l’origine
le 13 décembre 1941.
LONGING FOR HIS
CZECH
HOME, YET HAPPILY
INSPIRED
BY THE FREEDOM OF
AMERICAN LIFE,
HE WROTE HERE AMONG
OTHER WORKS THE NEW WORLD
SYMPHONY,
BIBLICAL SONGS AND
THE CELLO CONCERTO.
Nostalgique de sa terre tchèque, cependant favorablement inspiré par la liberté de la vie américaine, il écrivit ici parmi d’autres œuvres la Symphonie du Nouveau Monde, les Chants Bibliques et le Concerto pour violoncelle.
ADAPTED FROM THE
COMMEMORATIVE
PLAQUE CELEBRATING
DVORAK’S
100TH BIRTHDAY
Adapté
de la plaque commémorative
célébrant le 100ème
anniversaire
de la naissance de Dvořák


Cinquante ans plus tard, au début des années 1990, une partie du quartier fut rachetée par le Beth Israel Hospital pour y installer ses bâtiments. Le sort de la maison de Dvořák fut un moment au centre des débats mais en dépit de l’opposition émérite de personnalités de premier plan (qu’il suffise de citer le réalisateur d’Amadeus Miloš Forman ou le président tchèque Václav Havel, et même l’implication du New York Times) l’hôpital la fit détruire. A sa place fut édifié un centre d’accueil pour malades du SIDA.
La douleur de cette perte devait être en partie tempérée par la… découverte d’une statue du compositeur. Offerte par une association de Tchèques américains, elle avait été inaugurée en 1963 et devait décorer le Lincoln Center, vaste centre culturel universellement réputé. Jugée désuète par les décideurs de l’époque, la statue du pauvre Ivan Mestrovic fut finalement installée… sur le toit d’un bâtiment. Autant dire hors de la vue des New Yorkais ! En 1997 elle fut enfin ramenée sur la terre ferme, de nouveau inaugurée et elle occupe désormais un recoin apaisé du Peter Stuyvesant Park, à quelques mètres de l’ancienne demeure du musicien. Mais cette restauration n’a été possible que par de solides soutiens financiers, grâce à un vaste mouvement de solidarité qui mobilisa pendant plusieurs mois de nombreux amoureux de la musique de Dvořák, des plus grands artistes aux mélomanes les plus modestes. L’endroit fut également nommé « Place Dvořák ».

Comment se rendre à la maison de Dvořák à New York
L’adresse de la maison de Dvořák est « 327 East 17th Street ». Cela ne dira pas grand-chose à ceux qui ne sont jamais allés à New York, aussi n’est-il pas inutile de préciser que cette 17ème rue se trouve dans la partie sud de l’île. Comme souvent sur le continent américain les villes sont quadrillées par des voies perpendiculaires. A New York, les vastes avenues sillonnent Manhattan du nord au sud alors que les rues offrent des chemins de traverses entre les deux rives de l’île, la Hudson River (à l’ouest) et l’East River. La numérotation des rues débute dans le quartier nommé « Lower Manhattan » et se termine bien loin de là, à l’extrémité nord, par la 218ème rue.

L’adresse où vécu Dvořák est située entre les avenues 1 et 2, autant dire qu’elle se trouve à l’est de Manhattan. Ce quartier est calme, l’on y échappe à l’impérieuse effervescence de Time Square ou de la 7ème avenue. L’on peut y voir quelques retraités paisiblement installés au cœur du Stuyvesant Park, heureux de se prélasser au soleil. Des écureuils pointent leur museau en quête de friandises, et un ramage sonore venu des arbres finit d’étonner le visiteur. Mais, on l’aura compris, en dépit de son intérêt symbolique l’endroit à lui seul ne mérite pas un détour. Par bonheur il se trouve à deux pas de centres d’intérêt touristique et peut s’intégrer dans un agréable circuit pédestre.
Ainsi, il est possible de savourer un déjeuner dans un restaurant de l’East Village (citons l’étonnant Veselka et ses plats ukrainiens, amoureusement élaborés par un cuisinier… mexicain). Ce quartier est facile d'accès, étant fréquemment desservi par les autobus du Downtown Loop. Une courte marche digestive (10 minutes) permet ensuite de gagner la maison de Dvořák. Il suffit pour cela de remonter la seconde avenue vers le nord pour rejoindre le Stuyvesand Park. Ensuite l’on peut aisément poursuivre la découverte des « villages » en poursuivant vers l’ouest. La découverte à pied de l’Union Park et même du Washington Park, à quelques pâtés de maisons, est une expérience inoubliable ; l’on y croise une foule de personnages colorés, des jazzmen en goguette, des baigneurs insouciants dans le bassin central, des amateurs de kendo… et toujours, partout, des écureuils. De là vous poursuivrez vers Soho ou Chelsea, à vous de voir.

Le Français aime à penser que New York est la plus européenne des villes américaines. Il me semble au contraire que rien n’est plus américain que New York ; pas la seule image des Etats-Unis, certes, mais une image typique parmi tant d’autres, à la fois hystérique et reposante, exaspérante au possible et merveilleusement accueillante.

Et je ne peux me défaire de l’idée que le New York d’aujourd’hui, sans le séjour de Dvořák et la radicale orientation qu’il imprima à toute une génération de musiciens, ne serait pas exactement la même ville.

Alain Chotil-Fani

Pour en savoir plus...

Situer la maison de Dvořák sur la carte : cliquer ici

L'histoire de la maison : http://www.american-music.org/publications/bullarchive/richm231.htm

Un article sur la Symphonie du Nouveau Monde

Page de liens sur Dvořák

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