dimanche 10 février 2008

Le Taraf de Haïdouks vire classique


"La musique reggae ? formidable 5 minutes, et tu t'emmerdes pendant deux heures", dit Michel Blanc dans Viens chez moi, j'habite chez une copine.

Certains ont le même genre de réflexions au sujet de la musique populaire de Roumanie - vraisemblablement pas ceux qui se pressaient pour assister, hier samedi 9 février, à la soirée du Taraf de Haïdouks à l'Elysée Montmartre. Les musiciens de Clejani ont entamé leur concert par une hora survoltée mais dont toutes les finesses disparaissaient dans une sonorisation body-buildée. Le public était enthousiaste alors que j'attendais avec curiosité des morceaux du répertoire classique interprétés à leur manière. Fin 2004, j'avais reçu un mél d'un responsable du Taraf. Il avait trouvé l'un de mes sites (sans doute l'article Au sujet de quelques rhapsodies roumaines... ou presque) et me demandait des idées de musiques classiques que le Taraf pourrait adapter.

Mes quelques suggestions, illustrées par deux CD compilés par mes soins, l'avaient laissé plutôt perplexe. Il se proposait d'y réfléchir et de consulter les musiciens. Depuis, aucune nouvelle - jusqu'à ce que le taraf fasse entendre hier un extrait de Mascarade (Khatchatourian) et surtout les Danses populaires roumaines de Béla Bartók. Le résultat, curieux, n'est pas irréprochable : l'on perd le charme de l'oeuvre initiale (le lancinant Pe loc dépouillé de toute magie) en devant subir en contrepartie tous les tics de la musique tzigane grand public. Circonstances aggravantes avec Sur un marché persan, indigeste soupe sonore, musique d'ascenseur au kitsch presque comique. Par bonheur tout cela est relativisé par la réussite de la danse du Tricorne (Manuel de Falla), si agréablement illustrée par l'implacable rythmique du cymbalum.

Le meilleur moment reste cependant la prestation du taraf original, ou du moins ce que je l'imagine être. Les jeunes musiciens quittent la scène. Seul un quintette reste en place : deux violons, un accordéon, une contrebasse et le cymbalum. Les airs tziganes qu'ils nous font alors entendre rachète le vacarme un peu vain de la formation au grand complet. Tout en nuances et en touches humoristiques, voici une véritable musique populaire, vécue et ressentie.

Le concert s'achève par la formation à nouveau complète et assourdissante, avec une série de musiques populaires roumaines conclue par l'air de l'alouette (Ciocarlie) qu'Enesco et Dinicu popularisèrent auprès du public classique. La clarinette s'est quant à elle permis quelques incursions très klezmer qui m'ont fait penser - en moins exubérant - aux extraordinaires arrangements du Shirim Klezmer Orchestra. Mais on était un peu loin, hier, de cette frénésie ensorcelante.

Aucun commentaire: