lundi 17 mars 2008

Boycott du Salon du Livre

Le boycott du Salon du Livre par les pays arabo-musulmans est-elle une surprise ? à vrai dire, pas réellement. L’actualité du « conflit israélien » avec ses voisins est, on le sait, matière à propagande dans des pays où il est coutumier de manipuler l’opinion publique. Cette opinion comprendrait-elle qu’un de ses ressortissants cautionne par sa présence l’invité d’honneur au Salon du Livre ?

L’opinion française est divisée. L’on y trouve de fort courants « pro-Palestiniens », qui ne manquent pas une occasion de dénoncer la construction de colonies par Israël, les dommages collatéraux civils des opérations militaires, la main-mise de l’état hébreux sur l’énergie de Gaza, les conditions déplorables des familles gazaouies et l’immense frustration des nations arabes en général face aux subventions reçues par Israël, et sa reconnaissance par la plupart des nations civilisées - et en premier lieu les Etats-Unis d’Amérique.

D’autres rappellent la raison d’être même du Hamas dont la charte réclame la destruction d’Israël, les tirs réguliers de roquettes sur les populations civiles, qui appellent tôt ou tard une réponse, sans oublier la haine viscérale qui divise tellement les factions arabes elles-mêmes – fût-ce au prix du sang. Ils soulignent le statut unique de la démocratie israélienne dans cette région du monde, son goût pour les débats internes, rendus possibles par le fait que toutes les opinions ont droit au chapitre.

Mais la façon dont le conflit est ressenti touche si profondément aux croyances intimes que les arguments rationnels restent faibles. Les déclarations antisémites de certains dirigeants arabo-islamiques révèlent un ressort essentiel de la situation : la haine du Juif reste tenace et ouvertement affichée. Cela signifie qu’Israël peut bien faire la paix, la guerre, le dos rond ou des dons de territoire sans contrepartie : qu’importe, puisque l’ennemi, c’est le Juif. Il s’agit donc de s’attaquer à une population, non pas pour ce qu’elle fait, mais pour ce qu’elle est. Désigner l’autre comme étant essentiellement différent de soi est le ressort classique du racisme et de l’antisémitisme, prélude aux pires carnages.

Boycotter le Salon du Livre signifie : ta culture m’indiffère, je la méprise. Elle ne peut rien m’apporter car elle émane d’un pays que je hais. Je refuse d’envisager un échange d’arguments sur une situation que je préfère vivre selon mes fantasmes. Ta société est fondamentalement mauvaise, pas parce que tes livres sont mauvais, mais parce qu’ils sont écrits par des gens dont l’essence est différente de la mienne. Elle ne mérite pas que je perde mon temps à m’y attarder – même si beaucoup d’écrivains israéliens sont contre les colonies, réclament la paix avec les Palestiniens et militent pour la destruction de la barrière de sécurité, je ne veux pas avoir de rapport avec ces gens-là : ils ne sont pas comme moi.

Boycotter le Salon du Livre peut aussi vouloir dire : j’ai un livre et il me suffit. Il est sacré, c’est le seul. Il est dicté par l’envoyé de Dieu, il contient donc tout, et en particulier ce que je dois penser des Juifs.

Boycotter le Salon du Livre signifie peut-être enfin : ta culture m’effraye. J’ai peur d’y découvrir des choses belles et bien écrites. Je crains d’aimer ta société et d’être un exclu chez moi. Et surtout, je pourrais découvrir que tu es comme moi : cette idée m’insupporte.

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