
Carul cu boi est le titre d’une peinture de Nicolae Grigorescu, célèbre dans toute la Roumanie. Mais bien peu de gens savent que sous ce même nom, une chanson populaire moldave devait connaître un destin hors du commun.
Souvent écrit à la phonétique, Caru cu boi, par conséquent sans le « l » final du premier mot, signifie Le char à bœufs. L’artiste Nicolae Grigorescu a su en dépeindre, dans un illustre tableau, l’impavide progression dans la plaine roumaine. A la fin du XIXe siècle, une chanson du même nom naît dans la province moldave. Son texte, utilisant des mots étranges et presque incompréhensibles, tout comme la construction bancale de ses phrases, sont vraisemblablement révélateurs d’un parler populaire local.
Mais de quoi parle cette chanson ? Tout simplement du progrès. Pas du progrès porteur d’espoir et de lumineuses promesses d’avenir, non. C’est même exactement le contraire : il ne s’agit même plus de crainte mais d’effroi résigné devant l’électricité, le moteur à vapeur ou le chemin de fer qui nous casse la tête et, loin de nous dépanner, nous détraque l’existence.
On pourra en écouter une version ici :
Une théorie répandue et peut-être exacte veut qu’à la fin du XIXe siècle, un certain Samuel Cohen, musicien juif de Moldavie, ait eu l’idée d’adapter cette mélodie à un poème de Naftali Herz Imber (1856-1909). Le poème s’intitule à l'origine Notre Espoir ; plus tard, il sera rebaptisé Espérance, ce qui, en hébreu, se dit Hatikva .
Le chant est rapidement adopté par les milieux sionistes. En 1948, Hatikva devient l’hymne israélien. Il l’est encore aujourd’hui. Il est donc probable qu’une simple mélodie moldave ait ainsi été élevée au rang de musique officielle nationale. Certains ne manqueront pas de voir dans les paroles de la chanson originale la douloureuse prémonition des wagons plombés qui, quelques décennies plus tard, sillonneront l'Europe des ténèbres.
2. Une croyance tenace voudrait que le compositeur Bedrich Smetana (1824-1884) ait composé la musique de Hatikva. C’est naturellement faux. Smetana n’a rien écrit de tel, et si l’on tenait absolument à trouver un rapport entre le musicien tchèque et un hymne, ce serait avec… l’actuel Deutschland über alles, à l’époque hymne autrichien donnant son thème à la Symphonie triomphale (1854).
D’autres voient volontiers dans le poème symphonique du même Smetana, intitulé Vltava (pour les Allemands : Moldau) le thème musical de Hatikva. La ressemblance existe mais reste très loin de constituer une preuve : ainsi que je l’expose dans cet article, les mélodies populaires européennes évoquant l’air de Vltava sont nombreuses, très nombreuses même, puisqu’elles vont du Pays Basque à la Suède, en passant par la Flandre… Faute d’argument plus solide, l’influence de Smetana sur l’hymne israélien reste une simple supposition, peut-être entretenue par la confusion entre la Moldavie et la rivière Moldau, pourtant si éloignées géographiquement et humainement.
3. Autres sources :
pagesperso-orange.fr/afaure/eleves/4_1_1.htm
Ministère des Affaires étrangères d'Israël
Carul cu boi : traduction personnelle et merci à Marinela N.
Souvent écrit à la phonétique, Caru cu boi, par conséquent sans le « l » final du premier mot, signifie Le char à bœufs. L’artiste Nicolae Grigorescu a su en dépeindre, dans un illustre tableau, l’impavide progression dans la plaine roumaine. A la fin du XIXe siècle, une chanson du même nom naît dans la province moldave. Son texte, utilisant des mots étranges et presque incompréhensibles, tout comme la construction bancale de ses phrases, sont vraisemblablement révélateurs d’un parler populaire local.
Mais de quoi parle cette chanson ? Tout simplement du progrès. Pas du progrès porteur d’espoir et de lumineuses promesses d’avenir, non. C’est même exactement le contraire : il ne s’agit même plus de crainte mais d’effroi résigné devant l’électricité, le moteur à vapeur ou le chemin de fer qui nous casse la tête et, loin de nous dépanner, nous détraque l’existence.
On pourra en écouter une version ici :
| Pân’ ce electricitate Cai ferate si vapori Inca nu erau aflate Mergeau toate fara zor Câci bâtranii erau moi Îsi mânau caruri cu boi | Alors que l’électricité Le chemin de fer et la vapeur N’étaient pas encore découverts Tous allaient sans hâte Parce que les vieux étaient indolents Ils menaient des chars à bœufs |
Hâis cea ! Hâis cea ! Hâis cea ! Hâis cea ! Hâis cea ! Hâis cea ! Azi zburâm pe cai ferate Prin vagoane îndesate Sosind cu capetele sparte Nemâncaţi si degeraţi De cât cu atâtea nevoi Mai bine cu car cu boi Hâis cea ! Hâis cea ! Hâis cea ! | Hue dia ! Hue dia ! Hue dia ! Hue dia ! Hue dia ! Hue dia ! Aujourd’hui nous filons en chemins de fer Entassés dans des wagons Arrivant avec nos têtes cassées Morts de faim et tout gelés Au lieu de tant de tracas Mieux vaut (aller) en char à bœufs Hue dia ! Hue dia ! Hue dia ! |
Une théorie répandue et peut-être exacte veut qu’à la fin du XIXe siècle, un certain Samuel Cohen, musicien juif de Moldavie, ait eu l’idée d’adapter cette mélodie à un poème de Naftali Herz Imber (1856-1909). Le poème s’intitule à l'origine Notre Espoir ; plus tard, il sera rebaptisé Espérance, ce qui, en hébreu, se dit Hatikva .
| Kol od balevav p'nimah Nefesh Yehudi homiyah Ulfa'atey mizrach kadimah Ayin l'tzion tzofiyah Od lo avdah tikvatenu Hatikvah bat shnot alpayim L'hiyot am chofshi b'artzenu Eretz Tzion v'Yerushalayim | Aussi longtemps qu'en nos coeurs, Vibrera l'âme juive, Et tournée vers l'Orient Aspirera à Sion, Notre espoir n'est pas vain, Espérance deux fois millénaire, D'être un peuple libre sur notre terre, Le Pays de Sion et Jérusalem. |
Le chant est rapidement adopté par les milieux sionistes. En 1948, Hatikva devient l’hymne israélien. Il l’est encore aujourd’hui. Il est donc probable qu’une simple mélodie moldave ait ainsi été élevée au rang de musique officielle nationale. Certains ne manqueront pas de voir dans les paroles de la chanson originale la douloureuse prémonition des wagons plombés qui, quelques décennies plus tard, sillonneront l'Europe des ténèbres.
Notes
1. L’on trouve les deux orthographes Hatikva et Hatikvah, avec un « h » final. Nous avons choisi de nous conformer ici au site de l’ambassade d’Israël en France, d’où nous avons récupéré les paroles de l’hymne.2. Une croyance tenace voudrait que le compositeur Bedrich Smetana (1824-1884) ait composé la musique de Hatikva. C’est naturellement faux. Smetana n’a rien écrit de tel, et si l’on tenait absolument à trouver un rapport entre le musicien tchèque et un hymne, ce serait avec… l’actuel Deutschland über alles, à l’époque hymne autrichien donnant son thème à la Symphonie triomphale (1854).
D’autres voient volontiers dans le poème symphonique du même Smetana, intitulé Vltava (pour les Allemands : Moldau) le thème musical de Hatikva. La ressemblance existe mais reste très loin de constituer une preuve : ainsi que je l’expose dans cet article, les mélodies populaires européennes évoquant l’air de Vltava sont nombreuses, très nombreuses même, puisqu’elles vont du Pays Basque à la Suède, en passant par la Flandre… Faute d’argument plus solide, l’influence de Smetana sur l’hymne israélien reste une simple supposition, peut-être entretenue par la confusion entre la Moldavie et la rivière Moldau, pourtant si éloignées géographiquement et humainement.
3. Autres sources :
pagesperso-orange.fr/afaure/eleves/4_1_1.htm
Ministère des Affaires étrangères d'Israël
Carul cu boi : traduction personnelle et merci à Marinela N.